Aller au contenu principal

Libertinage : le guide complet pour comprendre et débuter

Libertinage : le guide complet pour comprendre et débuter

« Comment devient-on libertin ou libertine ? » Voilà quinze ans que des lecteurs, des lectrices, des couples me posent la question après avoir lu les récits de sorties que je publie ici. La réponse tient rarement où on l'attend. Depuis 2009, je fréquente ce milieu, je suis à la tête d'une communité de plus de 1000 libertin.e.s, je visite ses lieux, je recueille les témoignages de celles et ceux qui le vivent, et j'en ai tiré une conviction que je répète souvent : le libertinage est d'abord, en tout cas pour moi, une affaire de liberté d'esprit, la liberté de corps ne venant qu'ensuite, et jamais l'inverse.

Le libertinage n'est pas ce que les médias en racontent

Commençons par balayer les clichés. Les médias ont réduit le mot à une simple pratique sexuelle, le hashtag #libertin renvoie à des images pornographiques, et l'on qualifie de « libertin » n'importe quel homme pris en flagrant délit d'appétit sexuel, voire pour des violeurs et agresseurs sexuels en série... C'est une image créée de toute pièces et relayée par les médias qui me révolte profondément. Il est urgent de rétablir les faits, et de rappeler ce que recouvre réellement ce terme.

Le libertin est avant tout un libre penseur, une personne qui remet en question l'ordre moral, les diktats de la société, les injonctions héritées de la religion, et qui choisit de construire sa propre éthique plutôt que de subir celle des autres. Cette liberté d'esprit précède presque toujours la liberté des mœurs, et je crois sincèrement qu'elle en est le préalable indispensable pour aborder le reste avec sérénité.

Je développe tout cela en profondeur dans ma série de fond, Le libertinage, pourquoi ? pour qui ?, qui reste le meilleur point de départ si vous voulez comprendre l'état d'esprit avant les pratiques.

Une confusion revient sans cesse, et elle mérite d'être corrigée : le libertin n'est pas un épicurien, il est un hédoniste. L'épicurisme, contrairement à ce que l'on croit, prône une vie minimale et la limitation des plaisirs. L'hédonisme, lui, place la curiosité, la tendresse, la sensualité, le savoir et la connaissance de soi au cœur d'une existence pleinement vécue. C'est cette philosophie-là, exigeante et joyeuse, qui irrigue le libertinage.

Les valeurs, le vrai socle

Si je devais résumer le libertin à une liste, ce ne serait pas une liste de pratiques mais de valeurs. La remise en question des normes et des diktats, d'abord, mais toujours au service de quelque chose, jamais la transgression pour la transgression. Viennent ensuite le respect et l'empathie, la bienveillance, l'ouverture d'esprit, une exigence sincère d'égalité entre les femmes et les hommes, et par-dessus tout l'honnêteté et la transparence dans les relations.

Un libertin qui ment, qui force ou qui méprise n'est pas un libertin, c'est simplement quelqu'un qui a mal compris le mot. Ces valeurs ne sont pas décoratives, elles sont ce qui sépare une communauté saine d'un défouloir, et c'est pour cette raison que j'y reviens sans cesse.

Les grandes familles de pratiques

Une fois l'esprit posé, viennent les pratiques, qui sont multiples et que l'on confond souvent. Voici les principales, pour poser un vocabulaire clair.

  • L'échangisme, c'est l'échange de partenaire entre deux couples ou davantage. C'est aussi la pratique la plus ancienne du libertinage.
  • Le candaulisme, c'est offrir sa ou son partenaire au regard, aux caresses ou aux ébats d'un autre, et trouver son propre plaisir dans ce don.
  • Le triolisme, c'est faire l'amour à trois, une expérience dont je raconte les subtilités dans Le Trio, récit en miroir. Deux témoignages complètent bien le tableau : celui d'une première expérience de trio HHF et celui d'un premier trio avec un couple.
  • Le mélangisme, c'est se mêler, se caresser à plusieurs, sans aller jusqu'à la pénétration (en général).
  • L'exhibition consentie, c'est le plaisir d'être vu et regardé dans un cadre dédié, un plaisir qu'Eulalie explore magnifiquement dans Exhibition et image de soi.

Aucune de ces pratiques n'est obligatoire, et l'immense majorité des libertins ne les vivent pas toutes. On choisit, on essaie, on renonce, on recommence, à son rythme.

Le consentement, le cœur battant du libertinage

S'il ne fallait retenir qu'une chose, ce serait celle-ci. Tout l'édifice repose sur le consentement, et le milieu libertin en pratique une forme bien particulière qu'il faut absolument comprendre pour ne pas se retrouver dans des situations gênantes.

Il existe plusieurs façons de donner et de recevoir un accord. L'accord implicite, majoritaire dans la société, est aussi le plus dangereux, car il repose sur des suppositions. L'accord préalable cadré, avec ses limites négociées à l'avance et ses safe words, est celui du BDSM. L'accord explicite pas à pas, où tant que ce n'est pas oui c'est non, reste à mes yeux le plus sûr et le plus respectueux.

Le milieu libertin, lui, fonctionne surtout à l'accord par interaction. Concrètement, on pose une main, on esquisse une caresse, et l'accord est réputé donné tant qu'aucun refus n'est exprimé. Attention, cela n'a rien d'un blanc-seing : l'attention portée au non-consentement y est au contraire très forte, et un simple geste, un signe de tête, une main retirée valent un « non » que l'on respecte sans jamais demander de justification.

J'ai écrit un article entier pour désamorcer les malentendus autour de ce code, Le consentement en milieu libertin, et je le recommande à tout débutant. La règle d'or, universelle et non négociable, tient en une phrase : on ne touche jamais quelqu'un sans y avoir été invité.

Ce que le libertinage n'est surtout pas : de l'infidélité

On me sert souvent l'objection, alors autant y répondre franchement. Le libertinage est l'exact contraire de l'infidélité. L'infidélité se cache, ment et trahit une confiance. Le libertinage se vit ensemble, au grand jour, sur des règles claires posées à deux et sur une communication permanente. C'est un projet commun, pas une tromperie.

J'ai creusé cette frontière parfois subtile dans L'infidélité, ça commence où ?, car la vraie question n'est pas tant l'acte que la transparence.

Où et comment vivre le libertinage

Le libertinage a ses lieux et ses rendez-vous, chacun avec son ambiance propre.

Les clubs libertins sont le cœur historique de cette culture, avec leurs espaces de danse, de détente et de rencontre, dont l'atmosphère varie énormément d'un établissement à l'autre.

Les saunas libertins misent davantage sur la détente sensuelle, dans la chaleur et l'eau. Les soirées et apéros permettent de rencontrer la communauté dans un cadre plus social, parfois sans aucune suite.

Les voyages libertins, du Cap d'Agde aux croisières dédiées, offrent une immersion plus longue.

Vous pouvez lire ce témoignage d'une expérience au Cap d'Agde pour en savoir plus.

Quelques codes de savoir-vivre en club

Chaque établissement a ses règles, mais certains codes traversent tout le milieu et méritent d'être connus avant de pousser la porte. On respecte la tenue et les usages du lieu, on ne photographie jamais personne, on ne s'invite pas dans les ébats d'un couple sans y avoir été clairement convié, et l'on accepte un refus sans insister ni se vexer.

Le regard fait partie du jeu et reste bienveillant, car tout le monde est là pour les mêmes raisons et le jugement n'y a pas sa place. Si une situation vous met mal à l'aise, vous restez libre de vous retirer à tout moment, sans avoir de comptes à rendre. Loin de brider quoi que ce soit, ces règles sont précisément ce qui permet à chacun de se sentir assez en sécurité pour se laisser aller.

La première fois, sans pression

La meilleure préparation tient en trois mots, information, communication et douceur. Renseignez-vous sur le lieu et ses règles, parlez-en à deux pour définir vos limites et un signal d'arrêt, puis rendez-vous sur place sans aucune obligation. On peut très bien observer, boire un verre, profiter de l'ambiance et repartir, et beaucoup de premières fois se résument à cela. Le plaisir n'est jamais une performance à fournir.

Rien ne remplace la parole de celles et ceux qui l'ont vécue. Je vous conseille de lire Ma première fois en club libertin côté masculin, ainsi que la belle découverte tout en douceur du milieu, côté femme. Ces récits en disent souvent plus long que n'importe quel guide.

La santé, un socle non négociable

Une sexualité plurielle épanouie est une sexualité responsable, et sur ce point je ne transige pas. Préservatif systématique pour toute pénétration avec un partenaire extérieur, dépistage régulier, hygiène irréprochable, ce sont des marques de respect autant que des précautions.

J'ai consacré au sujet un dossier complet, Les IST et leur prévention dans le libertinage, ainsi qu'un article très concret sur la bonne fréquence de dépistage. Se protéger, c'est protéger l'autre, et c'est le prix d'une pratique sereine.

Se former au libertinage ?

Que vous soyez en solo ou en couple, curieux, débutant, ou désireux d'aller plus loin, j'ai créé un cours en ligne spécialement pour vous. Il couvre tout ce qu'il faut savoir pour débuter sans risque dans le libertinage.

Vous trouverez ce cours dans la section du LABO et pourrez en profiter à votre rythme, quand vous le voulez. Ce cours répondra à toutes les questions les plus communes et plus.

Libertinage, couple et polyamour

Bien vécu, le libertinage rapproche, car il oblige à parler de désir avec une honnêteté rare, à connaître les fantasmes de l'autre, à négocier ses limites. Mal vécu, il peut fragiliser un couple déjà bancal, car ce n'est pas une thérapie mais un jeu à deux qui suppose des bases solides. La jalousie n'y est pas taboue, elle se nomme, se travaille et se respecte.

Il ne faut pas non plus confondre libertinage et polyamour, qui relèvent de dimensions différentes de la non-exclusivité, l'un plutôt sexuel et récréatif, l'autre plutôt amoureux et durable. J'ai moi-même cheminé de l'un vers l'autre, et je le raconte dans Ma découverte du polyamour. L'essentiel, dans tous les cas, reste que la liberté inclut toujours celle de dire stop.


Toutes nos ressources sur le libertinage

Clubs, saunas & lieux

Soirées & événements

Voyages libertins

Témoignages & pratiques

Comprendre le libertinage

Questions fréquentes

C'est quoi le libertinage ?
Le libertinage, c'est vivre sa sexualité de façon ouverte, à plusieurs, dans un cadre consenti et bienveillant : échangisme (échanger de partenaire), candaulisme (offrir sa/son partenaire au regard ou aux caresses d'un autre), triolisme (à trois), mélangisme (caresses sans pénétration), exhibition… Le maître-mot n'est pas la transgression mais le consentement de tous.
Faut-il être en couple pour découvrir le libertinage ?
Non. Beaucoup de lieux et de soirées accueillent les couples, mais aussi les femmes seules et, selon les établissements, les hommes seuls (souvent en nombre limité ou sur sélection). Le libertinage se vit en couple comme en solo ; l'essentiel est le respect des règles du lieu et des personnes.
Le libertinage, est-ce de l'infidélité ?
Non, c'est même son contraire dans l'esprit : l'infidélité se cache, le libertinage se vit ensemble et en transparence. Dans un couple libertin, tout repose sur des règles claires, négociées à l'avance, et sur une communication permanente. C'est un projet commun, pas une trahison.
Comment se préparer à une première visite en club libertin ?
Renseignez-vous sur l'ambiance et les règles du lieu, définissez à deux vos limites et un signal pour partir, allez-y l'esprit ouvert mais sans obligation : on peut tout à fait observer, boire un verre et repartir. Le « non » est toujours respecté, et personne n'impose rien à personne.
Quelles précautions de santé prendre dans le libertinage ?
Le préservatif systématique pour toute pénétration avec un partenaire extérieur, un dépistage régulier des IST, et une hygiène irréprochable. Une sexualité plurielle responsable passe par une prévention rigoureuse : c'est une marque de respect autant qu'une question de santé.
Comment gérer le regard des autres en club libertin ?
Dans un bon club, le regard fait partie du jeu et reste bienveillant : on est tous là pour les mêmes raisons, le jugement n'a pas sa place. La règle d'or universelle est qu'on ne touche jamais sans y être invité. Si une situation vous met mal à l'aise, vous êtes toujours libre de vous retirer.