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Sexualité & Science Temps de lecture : 23 Min

La science de l'éjaculation féminine et du squirt

La science de l'éjaculation féminine et du squirt

Auteur

Adam

Publié le

Cet article fait partie de deux guides complets Les orgasmes Sexualité & Science

Dans l'article sur la composition du sperme, je vous avais laissé sur une promesse : parler de ce qui se passe côté femmes. La voici (avec un peu de retard, oui oui, je sais).

Voici donc un nouvel épisode de La Science de l'Orgasme, la série où je regarde ce qui se passe réellement dans le corps. Un cours de biologie sexy pour les adultes 🤓

Et le sujet du jour souffre d'une confusion qui dure depuis quarante ans. On appelle « éjaculation féminine » deux phénomènes qui n'ont ni le même organe d'origine, ni la même composition, ni le même volume. Les distinguer change tout, y compris la manière dont on les vit.

Comme d'habitude dans les articles La Science de l'Orgasme, je me suis basé sur mes connaissances mais aussi sur les études scientifiques publiées sur le sujet jusqu'en 2026. J'essaye de vulgariser comment tout cela fonctionne mais avec un grand sérieux en utilisant des articles de recherche.

Deux phénomènes, pas un

Commençons par poser la distinction, parce que tout le reste en découle.

L'éjaculation féminine au sens strict est l'émission d'un liquide blanchâtre, épais, en faible quantité, de moins d'un millilitre à quelques millilitres. Elle vient des glandes de Skene.

Le squirt est l'expulsion d'un liquide clair et fluide, en quantité parfois spectaculaire, plusieurs dizaines de millilitres, jusqu'à plus de cent dans certaines observations. Il vient de la vessie.

Ce sont deux mécanismes distincts. Ils peuvent survenir séparément, et ils peuvent survenir ensemble, ce qui explique pourquoi on les a si longtemps pris pour une seule et même chose.

Cette distinction est d'ailleurs relativement récente. Jusqu'en 2011, rappellent les gynécologues tchèques Zlatko Pastor et Roman Chmel dans leur revue de 2022, toute expulsion de liquide pendant l'orgasme féminin s'appelait « éjaculation féminine ».

C'est en cette année 2011 que Rubio-Casillas et Jannini publient aussi l'analyse des liquides d'une femme qui produisait les deux. Le liquide abondant avait la même densité que l'eau, et contenait de l'urée et de la créatinine comme une urine très diluée. La petite quantité de liquide épais, elle, contenait du PSA en quantité massive. Même corps, deux liquides qui n'ont rien à voir.

Un peu d'anatomie pour comprendre ce qu'il se passe

Comme pour le sperme, commençons par la carte. Tout se joue dans quelques centimètres, entre la vulve et la vessie.

Chez la femme, la vessie est posée juste derrière l'os pubien, devant le vagin. Elle se vide par l'urètre, un canal court (3 à 4 cm, contre une vingtaine chez l'homme) qui débouche au méat urinaire, entre le clitoris et l'entrée du vagin.

L'urètre ne flotte pas dans le vide : il est collé contre la paroi antérieure du vagin, celle qui est côté ventre. Quand on appuie sur cette paroi depuis l'intérieur du vagin, on appuie sur l'urètre. Retenez bien ça, tout le reste de l'article en découle.

Autour de l'urètre se nichent les glandes de Skene, la fameuse prostate féminine. De part et d'autre, et bien plus volumineuses que ce qu'on imagine, s'étendent les racines internes du clitoris (les bulbes et les piliers).

Enfin, l'urètre est fermé par un sphincter, celui qu'on contracte pour se retenir d'uriner, et le tout repose sur le plancher pelvien, cet ensemble de muscles qui se contractent en rythme pendant l'orgasme.

Si vous avez lu l'article sur le sperme, vous remarquerez que les pièces du puzzle sont les mêmes : une vessie, un urètre, une prostate, un sphincter, des muscles pelviens. La différence, c'est l'agencement. Chez l'homme, la prostate est un organe compact sous la vessie. Chez la femme, le tissu prostatique est réparti le long de l'urètre.

Les glandes de Skene, ou la prostate féminine

Elles portent le nom d'Alexander Skene, qui les décrit en ... 1880. Ce sont des glandes para-urétrales : elles entourent l'urètre, sur quelques centimètres, et débouchent par de minuscules canaux de part et d'autre du méat urinaire.

Pour être honnête, Skene n'a pas été le premier. En 1672, l'anatomiste hollandais Reinier de Graaf décrivait déjà ces glandes autour de l'urètre et les rapprochait de la prostate. Et la revue historique de Korda retrouve des descriptions d'un liquide émis au moment du plaisir chez Aristote, chez Galien, dans des textes taoïstes chinois et dans la littérature érotique indienne. Le phénomène a été découvert, décrit, puis oublié à plusieurs reprises en deux mille ans.

Elles se développent à partir du même tissu que la prostate masculine. Le Comité fédératif international de terminologie anatomique (FICAT) a décidé en 2001 d'adopter l'appellation prostate féminine. Ce n'est pas une image : c'est l'homologue de la prostate, le même organe qui s'est développé différemment.

Et cela se voit dans ce qu'elles sécrètent. Le liquide de l'éjaculation féminine contient du PSA, l'antigène prostatique spécifique, exactement la protéine que l'on dose chez les hommes pour surveiller la prostate. Il contient aussi de la phosphatase acide prostatique, du glucose et du fructose : dès 1988, Zaviačič comparait les concentrations de fructose dans l'éjaculat et dans l'urine des mêmes femmes. Le fructose, c'est le carburant des spermatozoïdes dans le sperme (oui oui, le même).

L'analyse comparative avec l'urine de la même personne, publiée par Wimpissinger et son équipe en 2007, montre un profil radicalement différent, avec plus de cent fois plus de PSA dans l'éjaculat que dans l'urine : ce n'est pas de l'urine, ce n'est pas de la lubrification vaginale, c'est une sécrétion glandulaire propre.

À quoi sert ce liquide ? Honnêtement, on ne sait pas. Chez l'homme, le PSA sert à liquéfier le sperme après l'éjaculation. Chez la femme, la revue de Rodriguez et ses collègues (2021) évoque une possible action antibactérienne qui protégerait l'urètre, mais cela reste une hypothèse.

Ce que les études récentes ont ajouté

Ce qui a changé ces dernières années, c'est la précision avec laquelle on regarde ce tissu.

En 2023, l'équipe canadienne de Diana Tomalty a trouvé des fibres nerveuses autour des glandes et de leurs vaisseaux. Un tissu glandulaire innervé n'est pas un vestige inerte, il est au moins équipé pour participer à la réponse sexuelle.

Le volume de tissu glandulaire varie énormément d'une personne à l'autre. Certaines en ont un développement important, d'autres presque rien. Les glandes produisant à la fois du PSA et de la phosphatase acide n'étaient présentes dans la moitié basse de l'urètre que chez cinq donneuses sur sept. C'est probablement la première explication du fait que toutes les personnes à vulve n'éjaculent pas.

Le squirt vient de la vessie, et on l'a filmé

Pendant des années, la question a tourné en rond, faute de moyen d'observation. Elle a été tranchée en 2015 par l'équipe française de Samuel Salama, avec un protocole simple et convaincant.

Sept participantes, qui rapportaient toutes des émissions abondantes et répétées. Le protocole s'est reposé sur une échographie pelvienne à trois moments : avant toute stimulation, après vérification que la vessie était vide ; pendant l'excitation, juste avant l'expulsion ; et immédiatement après.

Le résultat est net. Vessie vide au départ. Vessie remplie pendant l'excitation, parfois considérablement. Vessie de nouveau vide après le squirt. Les volumes rapportés par les participantes allaient de 15 à 110 ml : d'une cuillère à soupe à un demi-verre.

Le liquide expulsé a été analysé : urée, créatinine, acide urique à des concentrations comparables à celles de l'urine recueillie avant la stimulation. Mais chez cinq participantes sur sept, on y a aussi trouvé du PSA, alors qu'il était absent de l'urine de départ chez six d'entre elles. Ce PSA ne peut venir que des glandes de Skene.

2022 : la preuve par le bleu

Restait une objection : l'échographie montre une vessie qui se remplit puis se vide, mais elle ne prouve pas que ce liquide sort bien de cette vessie. En 2022, une équipe d'urologues japonais menée par Inoue a levé le doute avec une astuce de plombier.

Cinq femmes capables de squirter. Avant toute stimulation, on vide leur vessie par une sonde, puis on y injecte 50 ml d'un mélange de sérum physiologique et d'indigo carmin, un colorant bleu. Stimulation manuelle pour trois d'entre elles, par pénétration pour les deux autres. Squirt filmé, liquide recueilli.

Chez les cinq, le liquide était bleu. Difficile de faire plus clair (enfin, plus bleu). Et chez quatre sur cinq, il contenait du PSA. La conclusion des auteurs rejoint celle de Salama : le composant principal du squirt est l'urine, à laquelle s'ajoute la sécrétion des glandes de Skene.

Autrement dit : le squirt est un liquide provenant de la vessie auquel se mêle au passage la sécrétion des glandes de Skene. Ce n'est pas une miction (le mécanisme est réflexe et involontaire) mais ce n'est pas non plus un liquide sans rapport avec l'urine. Les deux affirmations tranchées que l'on entend partout sont fausses.

Ce qu'on ne sait toujours pas

Reste le mystère le plus intrigant : comment une vessie vide peut-elle se remplir de plusieurs dizaines de millilitres le temps d'une excitation ? On évoque une accélération de la production d'urine par les reins sous l'effet de l'excitation, mais personne ne l'a encore mesurée.

En 2026, cela reste une hypothèse. L'expérience japonaise ne peut pas y répondre, puisque le liquide y était injecté. Le mécanisme exact de l'expulsion (contraction de la vessie, des muscles du plancher pelvien, ou les deux) n'est pas davantage établi.

Les hommes aussi

Petit détour qui éclaire le mécanisme. En 2018, des urologues japonais ont observé par échographie Doppler un homme de 25 ans capable de « squirter ». Après une éjaculation normale, il a continué à se stimuler une vingtaine de secondes, et un liquide translucide, de composition proche de l'urine, est sorti pendant environ une minute. L'image montre une forte contraction de la prostate et des muscles du plancher pelvien juste avant, puis un flux qui part de la vessie.

Même organe source, même type de liquide : le squirt n'est pas une bizarrerie féminine, c'est un réflexe du bas appareil urinaire qui existe chez les deux sexes. Un seul cas étudié donc à prendre comme une piste et non comme une démonstration.

Quatre liquides

Pour être complet, il faut ajouter deux autres liquides au tableau, parce que dans la vraie vie tout se mélange et que la science a mis du temps à les trier. Pastor et Chmel (2018) proposent de les distinguer par leur origine, leur quantité, leur mécanisme et le ressenti :

OrigineAspect et volumeQuand
LubrificationParoi du vaginClair, glissant, variableDès l'excitation
Éjaculation féminineGlandes de SkeneBlanchâtre, épais, quelques mlÀ l'orgasme
SquirtVessieClair, fluide, une dizaine de ml et plusPendant l'excitation ou à l'orgasme
Incontinence coïtaleVessieUrine, variableÀ la pénétration ou à l'orgasme

Le dernier mérite qu'on s'y arrête, parce que c'est le seul qui relève de la médecine. L'incontinence coïtale est une fuite d'urine pendant le rapport. Elle prend deux formes : à la pénétration, le plus souvent liée à une incontinence d'effort (celle qui fait aussi fuir quand on tousse ou qu'on court), et à l'orgasme, plutôt associée à une vessie hyperactive. La revue systématique de Pastor (2013) est claire : c'est un signe pathologique, et il se traite.

Le problème, c'est que de l'extérieur, et même de l'intérieur, la différence n'est pas évidente. En 2026, l'équipe italienne d'Elisa Maseroli et Emmanuele Jannini a fait analyser les liquides de treize femmes qui disaient en émettre pendant le sexe. Verdict du laboratoire : huit squirts, quatre incontinences coïtales, une éjaculation féminine. Près d'une femme sur trois pensait squirter et avait en réalité une fuite urinaire.

Le repère pratique : si le liquide vient à la pénétration plutôt qu'avec la montée du plaisir, sans sensation particulière, et que vous avez aussi des fuites à l'effort, parlez-en à votre médecin. Ça n'a rien de honteux, et une rééducation du périnée donne souvent de très bons résultats.

La zone G : ni un point, ni un bouton

Sur la paroi antérieure du vagin, à quelques centimètres de l'entrée, se superposent trois structures : les racines internes du clitoris, qui descendent de part et d'autre et sont bien plus volumineuses que ce qu'on en voit ; l'urètre, avec les glandes de Skene qui l'entourent ; et la paroi vaginale elle-même. Jannini, Buisson et Rubio-Casillas ont proposé en 2014 de parler de complexe clitoro-urétro-vaginal : une zone variable d'une personne à l'autre, et dynamique, puisque l'imagerie montre que tout bouge et gonfle pendant l'excitation.

Stimuler cette zone, ce n'est donc pas presser un bouton. C'est comprimer, à travers une paroi, un ensemble de tissus érectiles et glandulaires. Et cela n'a d'effet que si ces tissus sont déjà engorgés, c'est-à-dire après une excitation installée. Chercher le point G sur un corps non excité revient à chercher une zone non activée.

Comment on doit stimuler la zone pour obtenir un squirt ou une éjaculation féminine ?

L'éjaculation féminine apparait plutôt à l'orgasme, le squirt en revanche peut être généré en stimulant le point G et la zone avoisinante.

Il s'agit de comprimer la paroi, la pression doit être dirigée vers l'avant du corps, c'est-à-dire vers le nombril. Avec des doigts, cela donne la paume tournée vers le haut et les phalanges recourbées, le geste qu'on décrit en anglais par come hither (viens ici). La pression compte davantage que la vitesse : c'est une compression, pas un frottement.

Les positions qui fonctionnent sont celles qui orientent la pression dans cet axe. Allongée sur le dos, bassin légèrement surélevé, la paroi antérieure est directement accessible. À quatre pattes, l'angle de pénétration vient naturellement s'appuyer dessus. Au-dessus du ou de la partenaire, la personne contrôle elle-même l'angle et la profondeur, ce qui est souvent déterminant.

Ce ne sont pas des recettes : ce sont des conséquences de l'orientation de l'urètre par rapport au vagin.

Les enquêtes récentes apportent toutefois une précision : la paroi antérieure (le point G) n'est pas le seul chemin. Dans l'étude suédoise de Jessica Påfs (2024, 1 568 femmes), l'éjaculation ou le squirt survenaient avec une stimulation vaginale seule dans 36 % des cas, clitoridienne seule dans 14 %, et avec les deux à la fois dans 39 %. Ce qui colle parfaitement avec l'idée d'un complexe : le clitoris fait partie du même ensemble.

Et dans l'enquête américaine de Devon Hensel et ses collègues (2024), menée sur un échantillon représentatif de la population, deux tiers des femmes qui ont déjà squirté l'ont découvert par hasard, mais les trois quarts utilisent ensuite des techniques précises pour faire monter la tension puis la relâcher, plutôt que d'attendre que ça arrive tout seul.

Les sensations, et le seul vrai obstacle

La sensation la plus rapportée, et de loin, est une envie d'uriner.

Elle est parfaitement logique : on comprime l'urètre et le col de la vessie. Le cerveau reçoit un signal qu'il connaît, et il l'interprète avec le vocabulaire qu'il a. Il faut souvent quelques secondes pour que la sensation se transforme et devienne autre chose, une pression profonde, une montée, une plénitude.

C'est ici que tout se joue, et c'est un obstacle mécanique autant que psychologique. Au moment précis où cette sensation arrive, le réflexe est de se contracter pour retenir. Or l'expulsion demande exactement l'inverse : un relâchement du plancher pelvien, voire une poussée. Beaucoup de gens bloquent le phénomène sans le savoir, en faisant ce que leur corps a appris à faire depuis l'enfance.

Les chiffres de l'étude suédoise montrent à quel point ce réflexe de retenue est répandu. La première fois, 28 % des femmes ont réagi par le choc ou la honte, et 26 % ont cru avoir uriné. Et 58 % ont voulu, à un moment ou à un autre, éviter que ça se produise : dans près de huit cas sur dix parce que « c'est trop mouillé », mais aussi par doute sur la nature du liquide.

Détail amusant : un tiers des participantes ne savaient pas dire d'où sortait le liquide, et un autre tiers le situaient dans le vagin. Vu d'en bas, le méat urinaire et l'entrée du vagin sont à deux centimètres l'un de l'autre, et le corps ne fait pas bien la différence.

Vider sa vessie avant, quand c'est possible, retire une bonne partie de l'inquiétude, et ne retire rien au phénomène, puisque la vessie se remplit ensuite pendant l'excitation.

Quant au volume, il est très variable : quelques millilitres pour une éjaculation glandulaire, quelques dizaines à plus de cent pour un squirt. Le volume ne mesure rien. Ni l'intensité du plaisir, ni la qualité de ce qui se passe.

Et l'orgasme dans tout ça ?

On imagine souvent que le squirt est la preuve d'un orgasme, voire d'un orgasme plus fort. Les données disent autre chose.

Dans l'étude suédoise, 61 % des femmes rapportent un orgasme proche ou simultané, et celles-là le vivent plus souvent positivement. Mais dans l'enquête américaine, seules 20 % vivent toujours squirt et orgasme ensemble, et environ 60 % le trouvent très ou plutôt agréable, ce qui laisse une bonne partie des femmes pour qui c'est neutre, voire inconfortable. Dès 2013, la revue de Pastor le formulait sans détour : l'expulsion de liquide ne fait pas partie de l'orgasme féminin typique.

L'étude italienne de 2026 apporte une nuance intéressante. Comparées à des femmes du même âge qui ne squirtent pas, les huit femmes dont le squirt a été confirmé en laboratoire avaient de meilleurs scores de fonction sexuelle (désir, excitation, lubrification), des orgasmes jugés plus intenses, une image de leur corps plus positive et moins d'inconfort avec la proximité affective.

Attention, rien ne dit que c'est le squirt qui rend épanouie. Il est tout aussi plausible que ce soit l'inverse, parce qu'on se laisse aller plus facilement quand on est à l'aise avec son corps. Et huit femmes, c'est une piste, pas une loi.

Le regard de l'autre

Une étude espagnole de 2024 menée auprès de jeunes femmes fait ce constat : la réaction du ou de la partenaire pèse lourd dans la manière de vivre la première fois, et ce que l'on sait du squirt vient souvent... du porno, qui en donne une image spectaculaire et centrée sur la performance.

La bonne nouvelle, c'est que la plupart des partenaires réagissent bien : 85 % de réactions positives dans l'étude suédoise, et selon les femmes interrogées par Wimpissinger, 90 % de leurs partenaires y voient un enrichissement de leur vie sexuelle.

Mais le message de ces travaux est clair, et c'est celui que je défends ici depuis toujours : ce n'est pas un trophée. Un corps qui squirte n'a pas à le faire sur commande, et un corps qui ne squirte pas n'a rien à prouver. Sinon on entre dans la performance et c'est délétère en sexualité.

Protéger le lit ?

Une serviette de bain épaisse suffit dans la plupart des cas. Personnellement, j'ai acheté une couverture étanche pour animaux sur Amazon, ça change la vie et cela enlève toute la charge mentale d'inonder le lit.

C'est tout ce qu'il y a à en dire, et l'anticiper évite surtout de passer le moment à s'inquiéter du matelas, ce qui est précisément l'état d'esprit qui empêche le relâchement.

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Ce que ça apporte dans votre sexualité

La zone se sensibilise avec la pratique. C'est le point que je trouve le plus intéressant, vous savez que je m'intéresse beaucoup au fonctionnement et conditionnement du corps.

Les premières fois demandent une stimulation longue et appuyée ; ensuite le seuil baisse, l'expulsion vient plus vite, et souvent plusieurs fois au cours du même rapport. Aucune étude ne l'a encore mesuré, mais l'explication la plus simple est celle d'un apprentissage, comme n'importe quel apprentissage moteur : le réflexe s'installe, et surtout on apprend à ne plus le bloquer. Cela n'en fait pas un automatisme pour autant. Dans l'étude suédoise, seules 7 % des femmes concernées le vivent à chaque rapport, et la moitié seulement à quelques occasions.

Il y a un revers, qu'on ne mentionne presque jamais. L'urètre est sollicité de manière répétée, ce qui peut irriter et favoriser une cystite chez les personnes déjà sujettes, uriner après, boire, sont des précautions qui ont ici une vraie raison d'être.

Et puisque le liquide vient de la vessie, des squirts abondants et répétés, c'est de l'eau qui s'en va : un verre d'eau à côté du lit n'est pas du luxe.

Ce qu'il faut retenir

L'éjaculation féminine et le squirt sont deux phénomènes différents. Pour l'éjaculation féminine, les glandes de Skene produisent quelques millilitres d'un liquide qui contient la même protéine que le sperme. Pour le squirt, la vessie produit le volume.

Les deux peuvent se mélanger, et c'est le cas le plus fréquent. À côté, il existe une vraie fuite urinaire, l'incontinence coïtale, qu'il ne faut pas confondre avec le squirt parce qu'elle se soigne.

Ni l'éjaculation féminine, ni le squirt ne sont des performances. Ce ne sont pas des indicateurs de quoi que ce soit. Une personne qui n'éjacule pas n'a pas moins de plaisir qu'une autre, elle a un tissu glandulaire différent, ou un réflexe qui ne s'est pas installé, et c'est tout ce que ça veut dire.

Et la science ne sait pas encore tout : on ignore pourquoi la vessie se remplit si vite pendant l'excitation, et à quoi sert exactement le liquide des glandes de Skene. Les prochaines études pourront peut-être le déterminer.

Ce que je trouve précieux finalement c'est que pendant quarante ans, on a expliqué à des femmes que ce qu'elles vivaient dans leur corps n'existait pas, ou que c'était une incontinence. Il aura fallu une échographie, un dosage de PSA et un colorant bleu pour leur donner raison.

Voilà, vous savez tout sur ce beau sujet. Et si vous voulez prolonger l'exploration, retrouvez les zones du plaisir féminin et mes expériences sur l'orgasme féminin.


Références

J'ai beaucoup bossé pour préparer ce long dossier. Voici tous les articles de recherche qui ont été analysés et utilisés pour cet article. Je les mets ici en référence, pas pour que vous les lisiez, cela n'a aucun intérêt car j'ai résumé tout cela dans l'article.

Histoire et anatomie de la prostate féminine

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Questions fréquentes

L'éjaculation féminine et le squirt sont-ils la même chose ?
Non, et c'est le point le plus important de tout le sujet. L'éjaculation féminine vient des glandes de Skene, situées autour de l'urètre : quelques millilitres d'un liquide blanchâtre et épais qui contient du PSA, la même protéine que dans le sperme. Le squirt vient de la vessie : un liquide clair, dilué, dont le volume se compte en dizaines de millilitres, parfois plus d'une centaine. Deux organes, deux liquides, deux mécanismes, qui peuvent très bien se produire en même temps.
Le squirt, est-ce de l'urine ?
Le liquide vient de la vessie et sa composition est proche de l'urine : on y retrouve de l'urée, de la créatinine et de l'acide urique. En 2022, une équipe japonaise a injecté un colorant bleu dans la vessie de cinq femmes avant de les stimuler : chez les cinq, le squirt est ressorti bleu. Mais dans la majorité des cas analysés, on y trouve aussi du PSA, qui ne peut venir que des glandes de Skene. Ce n'est donc ni de l'urine au sens d'une miction, ni un liquide totalement distinct : c'est un mélange, expulsé par un mécanisme réflexe qui n'a rien à voir avec le fait d'uriner volontairement.
Pourquoi ai-je envie d'uriner quand on stimule mon point G ?
Parce que la zone stimulée est exactement celle qui entoure l'urètre et le col de la vessie : la pression sur la paroi antérieure du vagin se transmet mécaniquement à ces structures, et le cerveau interprète d'abord ce signal comme une envie d'uriner. C'est la sensation la plus fréquemment rapportée, et c'est aussi le premier frein, beaucoup de personnes se contractent à ce moment précis et bloquent le réflexe.
Toutes les femmes peuvent-elles éjaculer ou squirter ?
Toutes les personnes à vulve possèdent des glandes de Skene, mais leur développement varie énormément d'une personne à l'autre, certaines en ont un tissu abondant, d'autres presque rien. Les chiffres dépendent de la définition retenue et de la manière de recruter : de 10 à 54 % dans les études compilées par Pastor en 2013, 40 % dans un échantillon représentatif de femmes américaines en 2024, 58 % dans une enquête suédoise en ligne la même année. Autrement dit : c'est une possibilité anatomique répandue, pas une capacité universelle, et surtout pas un objectif.
Peut-on apprendre à squirter ?
Beaucoup de personnes y arrivent après l'avoir travaillé, et la zone semble se sensibiliser avec la pratique : le seuil baisse, l'expulsion vient plus vite et parfois plusieurs fois de suite. Dans l'enquête américaine de 2024, les trois quarts des femmes qui squirtent utilisent des techniques précises pour le déclencher. Mais l'apprentissage porte moins sur la technique que sur le fait de ne pas se contracter au moment où arrive la sensation d'envie d'uriner. Et certaines personnes n'y arriveront pas, sans que cela dise quoi que ce soit de leur plaisir.
Comment faire la différence entre un squirt et une fuite urinaire ?
Le squirt survient avec la montée de l'excitation ou à l'orgasme, souvent après une stimulation de la paroi antérieure du vagin, et il est généralement vécu comme agréable. L'incontinence coïtale survient plutôt à la pénétration, sans lien avec le plaisir, et s'accompagne souvent de fuites à l'effort (toux, sport). La frontière n'est pas toujours évidente : dans une étude italienne de 2026, quatre femmes sur treize qui pensaient squirter avaient en réalité une incontinence. En cas de doute, un médecin ou une rééducation du périnée permettent de faire le point.
Le point G existe-t-il ?
Pas comme un organe distinct. La revue systématique de Vieira-Baptista et ses collègues (2021) conclut que son existence en tant que structure reste non prouvée : les études ne s'accordent ni sur sa position, ni sur sa taille, ni sur sa nature. En revanche, la paroi antérieure du vagin est bien une zone sensible pour beaucoup de femmes, parce qu'elle recouvre l'urètre, les glandes de Skene et les racines du clitoris. Les chercheurs parlent de complexe clitoro-urétro-vaginal.

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