Pansexualité politique
Auteur
Publié le
2 août 2023
Le féminisme, tel que je le comprends, tel qu'il me parle, est une lutte contre le patriarcat : contre le système majoritaire millénaire qui oppresse les femmes et les hommes (même si bien d'avantage les femmes, les hommes aussi).
Il existe des mouvements féministes radicaux qui pour lutter contre le patriarcat proposent de refuser l'hétérosexualité. Les femmes féministes sont ainsi invitées par ces mouvements au lesbianisme politique.
Les femmes pourraient faire entendre leur voix, en refusant de coucher avec les hommes. Je suis féministe. Mais je continue d'aimer et de coucher avec des hommes, même cis, même hétéros… entre autres.
J'aime aussi des femmes et des personnes d'autres genres. Je suis susceptible d'être attirée par diverses personnes, sans que leur genre me préoccupe.
Ma pansexualité
Je suis pansexuelle. Je n'ai pas refusé l'hétérosexualité. Mais je l'ai ouverte. J'ai élargi mon orientation.
Je ne suis pas dégoûtée par la masculinité sauf quand elle est utilisée pour m'oppresser moi ou mes sœurs. Et aussi, je m'amuse à trouver cette masculinité chez d'autres personnes que les hommes cisgenres.
Je respecte mes sœurs qui ont choisi de se défendre ainsi. Elles ne m'obligent à rien. Et elles sont libres d'aimer qui elles veulent.
Aussi, quand je dis qu'elles ont choisi, quand j'écris que j'ai ouvert mon orientation, je vais à l'encontre du militantisme LGBT qui dit qu'on ne choisit pas son orientation.
Les mouvements de lesbianité politique proposent que, peut-être, parfois, on peut choisir. Peut-être que, parfois, nos convictions sont si fortes qu'elles prennent le pas sur nos inclinaisons qui, autrement, auraient pu être qualifiées de naturelles ou d'innées.
Mon féminisme, ma manière de me positionner contre l'oppression patriarcale, est d'affirmer que les hommes et les femmes mériteraient d'être égaux. Et, qu'ils sont si semblables en beaucoup de points que le genrage à tout bout de champ est à mon sens une erreur enfermante.
Je pense que les humains de la société humaine vivraient davantage en harmonie si leurs schémas de pensées et leur grammaire qui en découle ne cherchaient pas en permanence à différencier les gens selon des critères de genre.
Si on ne donnait pas à la naissance comme première information un numéro 1 ou 2, si on n'avait pas à renseigner sur les formulaires d'inscription à la bibliothèque Mr ou Mme, si on ne devait pas faire l'effort d'évaluer le pronom de son interlocuteur avant de lui adresser la parole.
Oui, je suis idéaliste et utopiste, aussi.
Alors parfois, je me demande si ma pansexualité est le fruit de ma « nature » ou si elle est le fruit de ma « culture » féministe. Et après, peu m'importe…
Refuser l'injonction à l'hétérosexualité au profit d'une pansexualité cohérente...
Mais je me souviens quand même qu'à la crèche et à la maternelle tous les enfants semblent pansexuels. Ils paraissent s'aimer sans faire attention à leur genre. Alors, si ce sont les normes hétérocentrées des adultes qui influencent leurs orientations, j'ai envie d'inviter à réduire cette influence, qui, en accentuant la binarité de genre, contribue à l'oppression patriarcale.
J'aimerais que les relations entre deux bambins de genres opposés ne soient pas aussi systématiquement qualifiées d'amoureuses lorsqu'elles sont dites amicales chez deux petits du même genre. Et qu'on ne colle plus aussi fréquemment aux premières des stéréotypes du genre : elle va se faire jolie pour lui, il va être costaud pour la protéger…
Je serai moi aussi pour refuser l'injonction à l'hétérosexualité, mais pas au profit d'une lesbianité divisante mais au profit d'une pansexualité cohérente.
Laissons-nous la liberté de ne pas considérer le genre de l'autre comme premier critère de connexion.
Laissons-nous la latitude d'horizons larges d'amour.
Aimons-nous toustes les un.e.s les autres !
Soyons pansexuel.le.s ?
Illustration de l'article : Gabrielle Fauvet
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que la pansexualité politique ?
- C'est une approche qui propose de refuser l'injonction à l'hétérosexualité en élargissant ses horizons amoureux, sans pour autant se limiter à une orientation exclusive, afin de lutter contre les normes de genre patriarcales.
- La pansexualité est-elle un choix ou une nature ?
- L'autrice s'interroge sur cette dualité, suggérant que la pansexualité pourrait être à la fois le fruit d'une inclinaison naturelle et d'une construction culturelle féministe visant à déconstruire la binarité.
- Comment la pansexualité peut-elle aider à lutter contre le patriarcat ?
- En ne considérant pas le genre comme le premier critère de connexion, on réduit l'influence des normes hétérocentrées et la binarité de genre qui contribuent à l'oppression patriarcale.
À lire aussi
Dans son genre
Lire l'article
Pansexualité chérie
Lire l'article
Soumission, fantasme de viol et féminisme
Lire l'article
Déconstruction : comment je suis devenue libertine et polyamoureuse
Lire l'article
Notre première expérience avec le NJoy Pure Plug 2.0
Lire le test