Ma surdité et ma sexualité
Auteur
Publié le
29 août 2015
Je me souviens de ce soir d’été où je donnai rendez-vous à mon compagnon sur un parking désert. Vêtue d’une robe-bustier noire, je l’attendais en regardant les étoiles qui brillaient dans ce ciel magnifique…
Ma patience fut de courte durée. Je sentis son souffle sur ma nuque, sa main gauche effleurant mon épaule. Je fermai les yeux, envahie par une émotion inconnue, mon corps étant comme parcouru par une décharge électrique. Je sentis son souffle à gauche puis à droite de ma nuque, ses mains effleurant mes épaules, descendant vers mes bras. Je me laissai aller à ses caresses ô si nouvelles, si sensuelles ; je sentis des frissons m’envahir, des frissons exquis. Je sentis en moi un désir ardent grandissant allant à l’encontre de mon sexe.
Il continua à souffler légèrement sur ma nuque tandis que ses mains vagabondaient sur mes bras, mes épaules, mes seins, mes hanches… Je sentis son torse se coller alors à mon dos. Je me courbai, plaquant mes fesses contre son sexe que je sentis très dur. Il m’empêcha de le toucher avec mes mains.
L’éveil des sens par le souffle et le toucher
Je me laissai faire, me concentrant sur ses caresses qui se montraient de plus en plus excitantes. Je sentis ses baisers tout le long de mon épaule, faisant sortir de ma bouche des petits sons de plaisir. Mes jambes fléchissaient, tremblantes. Je voulais fermer mon entrejambe mais il écarta mes jambes pour y poser une main délicate. Il me murmura à l’oreille : « Tu aimes mes caresses ? ». Je fis un signe “oui” de la tête.
Il me demanda alors de me laisser aller à ses caresses. Sa langue toucha le lobe de mon oreille droite, pendant que sa main caressait mon sexe désormais humide. Je ne pus émettre qu’un doux râle de plaisir qui lui fit comprendre que j’aimais cela. Ainsi, il explora ma nuque, mes épaules, mes cheveux et l’extrémité de mes oreilles de son souffle pendant que sa main vagabondait maintenant dans mon sexe… Je finis par céder au plaisir et ainsi jouir.
Il finira par me pénétrer ardemment, son sexe dans le mien, plaquée contre ma voiture…
Redécouvrir ses zones érogènes
Me sachant sourde, il mit en place des expériences stimulant mes zones érogènes pour observer mes émois autrement que par le seul rapport sexuel. Il finira par m’expliquer que j’avais une manière de le toucher, de le caresser très différente de ses partenaires féminines et s’imagina que cela pouvait venir de mon handicap qu’est ma surdité.
Ainsi, d’un commun accord, nous avons mis en place des jeux érotiques pour éveiller mes zones érogènes. Je constatai une bien belle sensation qui me permettait d’apprécier une jouissance autre que la pénétration : le souffle sur ma nuque. J’en ai conclu que cette partie du corps est très sensible, tout comme mes seins par ailleurs… Du fait de ma surdité, j’ai remarqué être très sensible à l’effleurement de ma peau sur certaines parties de mon corps, chose à laquelle je ne prêtais pas attention auparavant, et qui s’avère être très agréable.
Handicap et sexualité : au-delà de la pénétration
Alors quand on me demandait si j’avais une vie sexuelle parce que je suis sourde, je répondais d’un « Oui » franc et même, vraisemblablement, bien plus riche que celle d’une personne « valide ». J’ai longuement parlé de la stimulation des zones érogènes (lobe d’oreille, nuque, cou, orteils etc.), expliquant que la sexualité n’est pas que l’objet de la pénétration, mais que les préliminaires et les jeux de stimulations procurent un plaisir très jouissif…
Certains handicaps ne permettent pas une sexualité par le sexe proprement dit, bien que le désir soit présent. Cependant, du fait du handicap, certains sens sont alors plus « développés », comme le toucher. Certains s’adonnent donc à des plaisirs intenses via ce toucher. Tout handicap n’empêche pas d’avoir une vie sexuelle. Elle diffère selon le handicap et selon l’individu. Car, avant le handicap, il y a l’être humain avec ses envies et désirs. Le rapport sexuel (vaginal et/ou anal) n’est clairement pas le seul acte à procurer de la satisfaction et atteindre la jouissance, voire l’orgasme.
L’intérêt sera d’en parler à son partenaire et ainsi de savourer ces instants de pur plaisir érotique.
Communication et consentement : les clés de l’intimité
Pour ma part, n’entendant que très peu, lors de la fellation, je ne suis pas souvent attentive à ce que me dit mon partenaire. Je suis davantage concentrée sur ce plaisir exquis et, quand vient le moment magique de l’éjaculation, il est obligé de me repousser physiquement — chose que j’explique avant tout préliminaire.
Tout passe par le toucher et le regard. Faute de bien entendre, les caresses sont indispensables pour moi, et sources de plaisirs exquis et intenses, ce qui rend l’instant encore plus complice.
En conclusion, le handicap n’est donc pas un frein à une sexualité, bien qu’il puisse susciter certaines frustrations. La jouissance ou l’orgasme peuvent être donnés par d’autres substituts que la pénétration sexuelle. Le toucher, un de nos cinq sens, est central dans la satisfaction sexuelle. Mais pour cela, il faut connaître son corps, ses zones érogènes, son plaisir et accepter de les éveiller érotiquement parlant.
Un témoignage de Valentine.