Le stealthing : retirer le préservatif sans le dire
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Aujourd'hui, je vais aborder un sujet qui me tient à cœur et qui touche au consentement sexuel, sujet central pour moi depuis des années. Alors, votre partenaire avait mis un préservatif… et à un moment du rapport, il n'y en avait plus. Dans le feu de l'action, vous ne l'avez pas vu, ou senti, et l'avez découvert trop tard.
Cette situation peut arriver malheureusement avec des partenaires sexuels non fiables et porte un nom : le stealthing. Ce n'est ni une maladresse de votre partenaire, ni un détail, c'est une vraie violence sexuelle voire un viol.
Qu'est-ce que le stealthing exactement ?
Le stealthing désigne le fait de retirer le préservatif pendant un rapport sexuel, délibérément, sans que l'autre personne ne le sache ni ne l'accepte. Le mot vient de l'anglais stealth, la furtivité, c'est donc bien la dissimulation qui définit le stealthing, pas le retrait lui-même.
Cela couvre aussi le fait que le partenaire vous fasse croire l'avoir mis ou de le percer avant.
L'intention est importante. Un préservatif qui glisse ou se déchire, ça arrive, et la personne le dit, on s'arrête, on décide ensemble de ce qu'on fait. Le stealthing, c'est l'inverse, le partenaire ne dit rien, précisément pour que l'autre ne puisse pas décider d'arrêter le rapport sexuel.
Pourquoi ce n'est pas « juste » un manque de respect
Parce que vous avez consenti à quelque chose de précis et qu'on vous a imposé autre chose.
Accepter un rapport protégé, c'est accepter un rapport protégé. Ce n'est pas accepter les risques d'un rapport qui ne l'est pas : une IST, le VIH, une grossesse non désirée… Ces risques-là, vous les aviez écartés justement par la protection du préservatif.
Le préjudice n'est pas seulement sanitaire. Il y a la sidération de comprendre après coup, l'attente d'un dépistage, et surtout la découverte que la confiance accordée à ce moment-là ne valait rien.
Cette situation est arrivée à deux de mes connaissances, une fois en club libertin et une autre fois lors d'un rendez-vous d'un soir, et cela a été très mal vécu. La personne qui retire le préservatif trahit la confiance de l'autre et, en plus, l'expose à des risques sanitaires. C'est une violence sexuelle à double titre.
L'étude la plus solide sur le sujet reste celle de Kelly Cue Davis (2019, Health Psychology), sur 626 hommes de 21-30 ans utilisateurs irréguliers du préservatif : près de 10 % déclaraient avoir retiré le préservatif sans consentement depuis l'âge de 14 ans, avec une moyenne de 3,6 épisodes, donc un comportement souvent répété, pas un dérapage isolé. Deux variables prédisaient significativement le passage à l'acte : l'hostilité envers les femmes et un antécédent d'agression sexuelle plus sévère. Autrement dit : le stealthing s'inscrit dans le continuum des violences sexuelles, pas dans celui des « préférences sexuelles ». Une précision qui compte pour moi : cette étude porte sur des hommes hétérosexuels. Le stealthing est aussi documenté entre hommes, et ce site s'adresse à tout le monde.
Ce que dit la loi française
Il n'existe pas d'infraction qui s'appelle « stealthing » dans le code pénal. Longtemps, la qualification est restée incertaine : il fallait démontrer un stratagème pour parler de « viol par surprise », et la jurisprudence française était mince.
La loi du 6 novembre 2025 a changé le cadre. L'article 222-22 du code pénal définit désormais le consentement en toutes lettres :
Le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable.
Le texte ajoute qu'il s'apprécie « au regard des circonstances » et qu'il ne peut se déduire « du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime ».
C'est le mot spécifique qui compte ici. Un consentement porte sur un acte précis, dans des conditions précises. Il ne se transfère pas d'un acte à un autre. Dire oui à un rapport protégé ne vaut pas dire oui à un rapport non protégé. Selon les circonstances, les faits peuvent donc relever de l'agression sexuelle ou du viol.
Ce n'est pas un conseil juridique. Je vous indique ce qui est écrit dans le cadre général de la loi au moment de la publication de cet article.
Que faire si vous venez de le subir
Deux urgences qu'il faut prioriser.
L'urgence médicale, d'abord car il faut se prémunir d'un problème de santé potentiel.
- La contraception d'urgence est d'autant plus efficace qu'elle est prise tôt, mais le délai n'est pas le même selon le médicament : le lévonorgestrel jusqu'à 72 heures après le rapport, l'ulipristal (EllaOne) jusqu'à 120 heures. Autrement dit, au quatrième jour il reste une option. Les deux s'obtiennent en pharmacie, sans ordonnance et gratuitement.
- Le traitement post-exposition au VIH se démarre dans les 48 heures, idéalement dans les 4 premières. Aux urgences ou dans un CeGIDD, gratuitement et sans rendez-vous.
- Un dépistage des IST est vivement conseillé, à refaire après un certain temps car une infection ne se déclare pas tout de suite. Demandez à votre médecin traitant ou aux urgences quand faire le dépistage.
J'ai déjà écrit un article sur le sujet qui va plus loin : Urgence : exposition à une IST. Je vous invite à le lire pour avoir plus de détails. J'ai aussi écrit un article sur les IST qui explique les différentes IST et leurs caractéristiques IST : comprendre pour mieux se protéger
L'urgence juridique n'en est pas une. Vous n'avez pas à décider sur le moment même. Une plainte reste possible bien plus tard. Un certificat médical établi rapidement constitue un élément utile si vous choisissez d'y aller, mais le faire établir n'engage à rien.
Comment porter plainte ? Il est possible de le faire directement au commissariat ou à la gendarmerie, ou par courrier. Vous pouvez aussi porter plainte à l'hôpital dans certains départements et hôpitaux, mais ce n'est pas généralisé.
Les associations d'aide aux victimes peuvent aussi vous accompagner et vous pouvez les contacter directement.
- CFCV : Viols Femmes Informations au 0 800 05 95 95 (lun-ven 10h-19h) une ligne spécialisée pour les viols et agressions sexuelles, pour l'écoute et l'accompagnement des démarches. La référence sur ce sujet précis à ma connaissance.
- Le 3919, Violence Femmes Info, pour les femmes victimes de violences.
- France Victimes au 116 006 pour obtenir de l'aide et des conseils.
Et bien sûr, toutes les grandes villes ont des associations locales qui peuvent vous aider et vous accompagner dans vos démarches.
En parler avant, pour ne pas avoir à en parler après
Le stealthing prospère sur un impensé : l'idée que le préservatif serait un détail technique, négociable en cours de route, plutôt qu'une condition posée.
Le dire à voix haute suffit souvent à fermer la porte. « Je veux qu'on garde le préservatif tout du long » est une phrase qui se prononce en trois secondes, et elle transforme un sous-entendu en accord explicite. Si elle est mal reçue, l'information est encore plus utile : vous savez à qui vous avez affaire avant, et pas après.
Bref, prenez soin de vous et protégez-vous. Ce genre de situation arrive heureusement peu souvent mais quand on a une sexualité active, cela peut malheureusement vous arriver. Comme j'expliquais plus haut, on m'a rapporté deux cas. Il est donc important de savoir réagir et de ne pas culpabiliser. C'est tout l'enjeu de cet article, en espérant qu'il vous soit utile mais surtout que vous n'en ayez jamais besoin.
Questions fréquentes
Le stealthing est-il puni par la loi française ?
Quelle différence entre un stealthing et un préservatif qui craque ?
Que faire si on vient de le subir ?
Est-ce que ça arrive aussi entre hommes, ou dans un couple établi ?
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