On me demande souvent comment je fais pour tout gérer… Un travail, des enfants, un mariage, des aimés, des amants.e.s, mes écrits…
Bonne question.
La polysaturation
Au début, je ne dormais plus. Sans doute hypomane, j’étais tellement enthousiaste et rechargée par mes découvertes orgastiques que je n’avais plus besoin de dormir. Mes journées à rallonge me permettaient de tout vivre.
Puis la folie m’a guettée tant je me dispersais, tant je me frustrais parfois de ne pas être au four et au moulin. J’en stressais. J’ai été proche du burn out. Les polyamoureux appellent cela la polysaturation.
Et en effet, la gestion des émotions et du temps fait de la polyamorie un art complexe. Mais je suis de celleux qui préfèrent le stress enthousiasmant d’une vie débordante au risque de l’ennui. Chacun sa névrose.
Et puis avec le temps… Certaines relations se sont distancées. D’autres se sont affirmées. Et surtout, j’ai évolué.
J’écris ce texte pour témoigner d’une de mes évolutions existentielles grâce à la polyamorie. Grâce à la polyamorie, j’ai grandi sur un point, la maturité affective et notamment ma capacité à me positionner et donc éviter la polysaturation.

Comment gérer plusieurs relations en parallèle ?
On m’a demandé récemment comment je faisais pour gérer cette polysaturation, ces plusieurs relations amoureuses sans blesser ou léser personne, moi y compris.
J’ai répondu que c’était simple en vérité : en prenant soin de moi, de mes propres besoins et limites, en les exprimant avec sincérité et douceur et en laissant l’autre entièrement responsable de gérer les émotions induites.
Simple à écrire, moins à vivre.
Je prends un exemple : deux aimés veulent me voir le même soir. Avant, je réfléchissais en termes de « À qui ai-je dit oui en premier ? Lequel ai-je vu le plus récemment ? Comment va-t-il le prendre ? » Maintenant non.
J’écoute (et ce n’est pas simple) mon sentiment : qui ai-je envie de voir ce soir-là ? Qui fait à cet instant le plus vibrer mon corps ? De quelle énergie ai-je besoin ? Quelle relation ai-je besoin d’honorer ? Que me dit mon cœur ?
Car c’est le plus important. Si je ne vais pas voir celui dont j’ai le plus besoin, énergétiquement je serai tout de même avec lui, je penserai à lui, et ça ne sera pas juste pour lui, ça ne sera pas juste pour moi et encore moins pour celui avec qui je serais.

Laisser gérer les émotions et vivre
Et si je fais de la peine à un de ses deux aimés, je prendrais soin de sa peine, en l’écoutant, l’accueillant. Et je lui fais confiance, il va gérer son émotion.
S’il est en colère, j’assumerai cette émotion. Je me positionnerai de manière à ne pas le laisser me blesser. Être polyamoureux.se est plus simple avec des personnes empathiques, qui savent prendre conscience, prendre soin, savent communiquer. Du reste, je ne m’intéresse qu’à des personnes ainsi. Je ne saurai faire autrement.
Je sais d’autant plus faire confiance en l’autre que j’apprends moi-même à gérer l’émotion. Un de mes aimé m’a déjà » plantée » plusieurs fois, il annule, et pour éviter cela en général, il évite de s’engager en donnant des rendez-vous. Cela me met en face d’un choix : j’ai le choix entre lui en vouloir stérilement, et donc de faire exister la colère, le ressentiment, ou bien d’œuvrer pour faire exister l’amour et prendre conscience qu’il est instable et libre et que c’est ainsi que je l’aime.
Alors quand je ne suis pas choisie et qu’il me fait faux bond, j’essaie de profiter de cette occasion de ne pas le voir pour faire une autre expérience, peut être triste, furieuse, ou peut être heureuse finalement, créative… Peu importe, cette expérience est pertinente puisque c’est celle que je choisis de vivre en étant en relation polyamoureuse avec lui.
Bien-sûr, si une relation fait davantage souffrir qu’elle ne fait évoluer et offre du bon, la relation devient toxique, alors la séparation est une option.
Mais aujourd’hui, je suis heureuse de l’équilibre qui s’instaure dans ma vie. Je suis encore régulièrement dispersée, frustrée de n’avoir qu’un corps, que 24 h dans une journée.
Mais comme je l’ai dit plus haut, je suis de celleux qui préfèrent croquer la vie à pleines dents, pour le meilleur et pour le pire. Rire et pleurer, du moment que c’est sentir. Je suis polyamoureuse. J’aime vivre…
Crédit photos : Depositphotos
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