la suraccumulation des énergies me rend plus dense,
elles semblent stationner en moi,
comme de plus en plus de voiles,
des strates et des strates de voiles,
prêtes à se mettre en mouvement
au moindre vent
c’est très enivrant quelque part,
même sans le désir
ou juste une pointe de désir,
genre juste un mouvement de la hanche
ou un effleurement,
à peine une vaguelette
mais cela suffit déjà pour générer un mini-séisme
au niveau de la sensation quelques instants,
c’est le coup d’un battement d’aile de papillon
qui cause de l’autre côté de la terre
tout un cataclysme
je ne sais pas au fond vraiment
ce qui me pousse comme cela irrésistiblement périodiquement
à faire une cure d’abstinence d’éjaculation
et ainsi à suraccumuler les énergies en moi,
il y a quelque chose d’ésotérique, quasi de mystique,
dans cette action
quand on l’effectue vraiment au long cours,
au moins un mois
peut-être est-ce parce qu’en solitaire,
c’est un moyen d’atteindre une certaine qualité, une certaine intensité
qu’autrement il n’y aurait pas moyen
mais les sensations peu à peu
acquièrent une telle qualité de finesse,
d’incisivité, d’intensité, de variété,
la réactivité du corps est telle,
mon émotivité aussi atteint des sommets,
je suis capable de me mettre à chialer toutes les larmes de mon corps,
rien qu’à la vue d’un tableau
qui me bouleverse
en même temps, à un moment donné,
je me dis toujours, c’est assez, cela a été suffisamment loin
et alors là, pendant quelque temps,
j’éjacule à tout va,
trop heureux d’en asperger les draps
mais il y a vraiment quelque chose de quasi mystique,
l’état dans lequel on se retrouve à partir d’un stade,
l’impression que tout peut arriver
au niveau des sensations, de la volupté,
de la jouissance non pénienne
je me rappellerai toujours durant ma période
massage prostatique avec masseur,
où durant un très long laps de temps, plus d’un an,
je suis resté ainsi sans éjaculer,
tous les jours, j’avais un super O,
je faisais des séances parfois de quatre, cinq heures
qui n’étaient qu’enchaînements d’orgasmes,
des dizaines et des dizaines,
c’était épique
et puis surtout il y a eu ces moments d’hallucinations,
de vraies hallucinations vécues dans ma chair et mon esprit,
c’était grandiose,
un pont suspendu dans la lumière
qui semblait se prolonger indéfiniment,
celui-là m’est revenu plusieurs fois
mais d’autres aussi,
j’en garde le souvenir en moi comme si c’était hier,
pourtant cela fait pas mal d’années déjà,
ce sont des choses qui vous marquent
et je comprends mieux les descriptions
que font les grands mystiques du passé
de leurs visions durant les extases
car à mon modeste niveau
et dans un cadre nettement mais alors nettement plus sexualisé,
j’ai vécu des moments un peu dans le même genre,
des moments d’extase juste splendides
qui semblaient vraiment me faire vivre
quelque chose hors de ce monde

