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Participant

au moins une fois ou deux par mois,

j’ai besoin de m’éloigner radicalement de la ville,

de son bruit, de son béton, de ses cohortes de voitures, de sa cohue bruyante

pour aller me ressourcer en forêt

 

ne plus avoir que le bruissement des feuilles sous mes pas,

le souffle du vent et les chants des oiseaux dans les arbres

et tout ce extraordinaire patchwork de couleurs et de formes anarchiques

de tous les côtés

 

passant parmi d’immenses fougères en train de dépérir, de se faner,

l’hiver est à nos portes après tout,

j’ai pensé à une série de podcasts que je venais de terminer d’écouter,

les enregistrements des cours qu’avait donné à l’université Paris VIII dans les années 80

le grand philosophe Gilles Deleuze

et plus particulièrement celui où il analysait

la notion d’éternité dans l’oeuvre de Spinoza

Nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels

 

nous mourrons à l’éternité, même si elle perdurera, bien sûr, sans nous, c’est sûr,

l’éternité, elle est quelque part en nous, l’éternité, c’est ici et maintenant ,

car elle finira pour nous avec la mort

 

je regardai ces fougères tout autour de moi en train de mourir,

j’en imaginai d’autres à la même place dans quelques mois,

tout resplendissants, dressant leur géométrie végétale vers le soleil

 

et je pensai à ce qui importait aujourd’hui pour moi avant tout,

l’émotion de l’art,  de la littérature, de la musique, du théatre, etc,

l’émotion extraordinaire qui peut naître par moments immergé dans la nature,

les trop rares moments de partage de grande qualité,

de forme de communions diverses et variées avec d’autres personnes,

dont bien sûr, la volupté, la jouissance

(même si ces dernières années, je pratique exclusivement en solitaire)

 

tout cela quand cela parvient à un certain niveau, à une certaine qualité,

c’est bien cela qu’elle révèle quelques instants,

ce noyau d’éternel qu’il y a en nous,

qui nous est et nous sera toujours si fugace, si évanescent

mais bien présent, bien là,

attendant que nous cheminions en nous, que nous nous découvrions

pour se révéler de plus en plus , par moments, à nous