se retenir de tirer son coup
de quelque manière que ce soit
pendant 20, 30, jours, voire plus
il serait extrêmement naïf
de penser que lorsque l’explosion viendra
à un moment donné
car elle finira par venir,
elle sera décuplée exponentiellement,
une monstruosité d’orgasme,
une momentanée fin du monde d’extrême jouissance
non,
trop de choses se présenteront au portillon,
ce sera une bousculade confuse,
un volcan s’étouffant
de trop de lave qui cherche à monter en même temps,
finissant par crachoter lamentablement
jusqu’à épuisement de la ressource
non,
l’intérêt de ce genre de pratique,
de ce genre de discipline,
est vraiment ailleurs,
quelque chose se construit en nous au fil des jours,
un arc se tend de plus en plus
et viendra le moment où la moindre caresse
semblera déclencher un tsunami intérieur
bon, il faut l’avoir vécu
pour avoir une exacte idée de ce que j’écris ici,
à quel point cela peut devenir réellement
délicieusement irrésistible,
les mots ne parviendront jamais à convier
ce que deviennent les sensations voluptueuses
quand nos fibres sont imprégnées jusqu’à la moelle
d’énergie sexuelle accumulée,
à quel point, elles peuvent devenir fines, précises, variées,
comme une espèce d’orfèvrerie
qui se déploie sans fin en nous
à la moindre sollicitation
bien évidemment,
il faut avoir une pratique,
un certain parcours,
avoir dépassé le stade de la masturbation devant un écran
comme seul recours pour se soulager,
avoir développé une certaine richesse, un certain raffinement
dans les façons de solliciter son corps,
d’éveiller son désir,
je pense bien sûr à des pratiques non péniennes
ou si pénienne
alors quelque chose de très élaboré,
sans pornographie,
tout en complicité avec son corps

