quand j’étais enfant,
j’avais un chiffon usé jusqu’à la corde,
assez sale souvent,
bien que je laissais ma mère le passer à la machine à laver de temps à autre
c’était ma doudou,
mon chiffon porte-bonheur que je serrai tout contre moi,
il me réchauffait le coeur, il me protégeait
un jour, il a disparu,
j’ai eu beau cherché, il semblait avoir été avalé par la terre,
je le réclamai à mes parents,
mon père finit par me dire
que j’étais devenu trop grand pour avoir une doudou,
qu’il l’avait jeté,
toutes les misères du monde, depuis,
se sont abattues sur moi
pourquoi je vous raconte cela?
parce que ce matin je me suis souvenu de ce fait dans ma vie,
c’est loin,
c’était il y a au moins une cinquantaine d’années,
un coup de mémoire involontaire,
un souvenir non sollicité
avec toute une couche d’émotions, de sensations, liés dessous,
provoqué par quelque chose qui m’est arrivé dans mon présent
un coup à la Proust,
le truc à partir duquel il a pondu les quelques milliers de pages
de la Recherche du Temps Perdu,
mon cher Proust, sacré doudou, ce écrivain aussi, dans ma vie
j’étais couché dans mon lit,
je venais de me réveiller quelques instants auparavant,
je bougeais lentement les jambes, le bassin,
je m’amusais à pétrir entre les cuisses
mon sexe, mes couilles,
qui roulés en boule,
pressés, frottés, dans tous les sens,
dégageaient une chaleur douce, velouteuse, bien à eux
qui se répandait,
que je dégustais nonchalamment tout en rêvassant
et puis soudainement , est revenu à ma mémoire,
le souvenir de ce chiffon un peu (souvent) sale,
tout usé,
que je serrais tout contre moi
obstinément durant mon enfance
étonnant, non?

