mes doigts sont devenus pour un moment
la chose la plus importante
qui existe en ce monde
ils étaient là, plantés en moi,
enfoncés aussi profond que possible,
deux d’entre eux
et ils me faisaient pleurer de bonheur,
les bougres
le terrain était rendu idéal
du beurre de karité
dont chaque soir,
je m’enduits le conduit,
le matin, il semble ne plus exister en soi,
semble avoir imprégné les parois,
la glisse semble tellement naturelle
tout tournait autour d’eux pour l’instant,
à chaque mouvement de mon bassin,
ils me faisaient mugir
jusque du fond de mes entrailles,
semblaient me déchirer la chair délicieusement,
elle semblait continuellement fondre autour d’eux
la fonte des chairs
à cause d’un soleil massif et souverain
qui les obligeait à se dissoudre
encore et encore,
à se transformer en soie liquide,
chaude et frémissante
qui coulait dans tout mon être
ça doit être cela l’Eden,
ce canon et ces boulets
qui me mitraillent depuis le bas-ventre,
expulsés lentement par un orifice en feu,
qui déchiquètent la chair toujours plus,
la traversent en tournoyant, tournoyant,
provoquant un délire soyeux des cellules sur leur passage
les doigts comme un maestro
à la tête de tout un orchestre
symphonique de chez symphonique,
le reste n’était en reste,
le reste accomplissait sa part,
tout tournait à plein régime,
prostate, génitaux, peau,
moindre mouvement, l’autre main,
seins, tétons, fesses, jambes,
tout participait
mais alors
participait de chez participait,
rahh, l’ambiance,
ambiance de fin de monde
mais dans le bon sens,
dans un sens jouissif,
jouissif de chez jouissif
que me réserves-tu encore,
oh mon cher corps,
quelle folle chevauchée,
tu m’as fait encore vivre ce matin
durant quelques minutes
glorieuses, privilégiées,
telluriques de chez tellurique

