l’occasion fait le larron,
encore et encore
j’adore, je préfère, même,
ces très courts moments de fusion avec mon corps,
à l’impromptu,
quand mon désir est titillé,
par une situation de la vie quotidienne,
par une posture tout à fait banale, un geste, un mouvement,
une action quelconque,
comme par exemple, mettre mes appareils auditifs,
pisser ou encore en train de pendre mon linge, faire mon thé, manger,
bricoler par terre, entouré de mes outils,
etc, etc
je sens à un moment donné, qu’une position du corps
est propice à un bref décollage,
il s’agit alors comme d’effectuer un seul tir à l’arc vers une cible,
de tout mon être,
de se donner entièrement en quelques secondes,
pour générer un seul flux
le plus intense et le plus riche possible,
un seul flux, soudainement généré,
envahissant, se répandant, brièvement
et de déguster celui-ci,
de la façon la plus optimale,
de la façon la plus zen, possible
il s’agit, pour ainsi-dire,
d’un exercice de haute voltige,
d’une sorte de décollage à la verticale,
du pont agité d’un porte-avion,
la piste est donc très courte,
il s’agit d’être au top de sa capacité à se lâcher,
à se laisser entraîner,
pour ne pas se rater
(bon, cela arrive, plus d’une fois…)
mais le résultat est souvent juste unique,
d’une intensité très particulière,
vu la soudaineté du changement intérieur,
avec des nuances de volupté,
toujours très très spécifiques,
avec aussi la sensation de communion avec le corps,
particulièrement développée
en quelques secondes,
je deviens une sculpture vivante,
un moulage express,
de volupté foisonnante, nourrissante
et déjà je retourne
au casuel, à la norme, aux automatismes,
à la linéarité du quotidien,
comme si de rien n’était
mais il y a eu un moment
de profonde communion voluptueuse,
de réjouissance festive, de chatoiement charnel,
dans tout mon être

