cela fait maintenant quelques semaines
que je pratique pratiquement plus,
quelques secondes
mais vraiment quelques secondes,
ici et là
essentiellement au réveil d’ailleurs
qui est devenu ces derniers mois,
le moment privilégié pour moi,
dans l’obscurité encore, les rideaux tirés,
juste après le réveil,
on est encore intact, plein plein d’énergie,
les rêves ne se sont pas encore complètement retirés,
du moins, leur sillage
se font encore sentir partout en nous,
le terrain est idéal, je trouve,
pour de la volupté,
souple, ouvert, porteur,
tellement propice aux petites inondations,
aux petites injections délicieuses, dans l’invisible
les textes qui tombent ici
comme des fruits mûrs d’un arbre,
sont le produit
de ces, à peine quelques secondes,
ici et là
du coup,
ma chair est sursaturée d’énergie
comme je n’ai plus éjaculé depuis une quinzaine de jours au moins
et le moindre effleurement,
la moindre contraction,
la moindre caresse,
est comme une plongée vertigineuse
dans les eaux soyeuses de la volupté
ce matin, donc,
j’ai recommencé,
j’ai eu une séance un peu plus consistante, plus sérieuse,
de longues, longues, minutes
à me laisser emporter,
à me tordre dans tous les sens, de plaisir
j’ai été étonné, ébloui, comme rarement,
deux semaines sans quasiment pratiquer
mais tout est revenu si simplement, si naturellement,
le désir avait pendant tout ce temps,
vieillit ses bouteilles dans la cave
et le nectar qui s’en déversait,
était plus fin, plus subtil, plus riche que jamais
j’ai eu ces longues minutes superbes,
point culminant de la séance
où mon corps me semblait comme un océan de bras soyeux levés,
s’agitant joyeusement,
sur lesquels mon esprit, boule légère comme une plume,
bondissait, rebondissait, de-ci, de-là,
était emporté toujours plus loin
c’était une image vivide,
une sorte d’hallucination produite dans mon sang par le désir,
je voyais ces milliers et milliers de bras levés, à perte de vue,
qui semblaient comme une mer en mouvement
et qui faisaient bondir l’esprit
qui était comme un ballon léger, léger

