tout en continuant certains gestes anodins du quotidien,
comme il y a quelques instants,
d’enlever le drap qui a séché dans la salle de bain
sur des cordes à linge dans les hauteurs,
sentir certaines parties de mon corps,
envahies du yin,
vibrer doucement, vibrer voluptueusement
sentir ainsi s’effectuer ces gestes de collecter le drap
tout en ayant un léger ondulement dans les hanches,
les cuisses qui pressent les génitaux,
les muscles du périné qui se contractent un peu,
tout en ayant donc des parties de mon corps
qui vibrent, qui sont « passées de l’autre côté »,
est tellement délicieux
c’est comme du piano à quatre mains,
deux mains pour la tache domestique,
deux pour une volupté tout en nuances
cela crée un vertige en moi,
me sens me balader sur une corde raide
malgré la banalité de la majorité des gestes,
le plaisir cherche à me happer de plus en plus
mais je ne lui accorde que ce qui n’est pas nécessaire
à l’opération récupération du linge propre
le contraste en moi, pour l’instant,
est tellement délicieux, exotique,
bien qu’un peu plus de concentration est nécessaire que d’habitude
pour ne pas tomber de ma chaise
qui me permet d’atteindre le drap dans les hauteurs,
je laisse faire
tout en gardant dans les mains, fermement, les rennes de l’étalage
pour que cela ne s’emballe pas

