j’ai envie d’écrire
que je suis dans l’exploration des matériaux
ces derniers jours,
j’étudie des grains de surface, des températures, des densités,
les textures au toucher, à chacun,
sont tellement uniques
quand je passe les doigts dessus
ainsi les accoudoirs en cuir de mon fauteuil Aeron,
mes hanches bougent capiteusement sur le mesh de l’assise,
vont et viennent, dansent un peu, dessus
tandis mes mains les enserrent, les frottent, les pressent,
les caressent presque comme des sexes turgescents par moments
le désir s’est emparé goulument, sans réserve, de moi
et les frottements sur le cuir des accoudoirs
semblent désormais se passer en moi,
ma galaxie semble les avoir absorbés,
les avoir engloutis tout entiers
comme une bête à la gueule immense
et à l’appétit sans limites
les doigts, à présent, sont revenus,
se sont déplacés plus haut,
tournicotent sur un téton avec insistance
mais un coude continue de traîner sur l’accoudoir,
de le presser, de racler dessus,
cela fait comme un point d’ancrage au bout d’une laisse,
un ravitaillement en plein vol depuis le monde extérieur
en sensations inconnues
monde extérieur
qui semble à présent perçu par moi
comme un participant à mes ébats,
un participant aux multiples
et incroyablement exotiques facettes,
un participant qui a des pouvoirs sur ma chair
j’ai envie de passer sur le bois du bureau,
j’abandonne le téton
pour aller avec la paume
sur l’hêtre à la laque usé au fil des ans
puis je commence à la bouger dessus
lentement lentement
et en quelques instants,
ce n’est déjà plus moi qui caresse le bois
mais le bois qui semble me caresser
c’est comme cela que cela semble se passer
à chaque fois que je touche un nouvel objet
quand je laisse une partie de mon corps entrer en contact avec,
voire que je me presse carrément tout contre,
que je remue tout contre comme un animal en rut,
ou alors qu’avec les bras et ou les mains,
je vagabonde juste un peu dessus,
l’objet, une fraction de seconde
est perçu comme le corps étranger, le corps inerte qu’il est
puis graduellement c’est comme s’il était absorbé,
ajouté à mon univers sensoriel,
y était incorporé avec une capacité croissante
à altérer les sensations générées dans ma chair
le cuir est un matériau tellement sensuel au toucher
mais il y a-t-il un matériau qui ne le soit pas finalement,
tellement cela dépend uniquement que de nous
ce que nous ressentons dans l’instant,
ce que sommes prêts à ressentir,
ce que nous sommes prêts à accepter de ressentir?

