ce matin, un peu après le réveil,
encore couché,
dans l’obscurité des rideaux tirés,
j’ai eu quelques minutes étonnantes
d’exploration tactile
mes doigts se sont mis à errer,
aléatoirement, à gauche, à droite,
par moments ils revenaient sur le corps,
au contact familier, chaud et doux, de la peau
mais la plupart du temps,
ils partaient en vagabondage ici et là
hors du territoire habituel,
tantôt sur le drap, tantôt sur le coussin
tantôt sur le mur, tantôt sur le matelas
la différence des textures, des grains,
des reliefs était tellement parlante,
j’existais que par les doigts pour l’instant,
un paysage sensoriel se dessinait,
changeait constamment
au fur et à mesure de leur déplacement
rien d’autre ne bougeait
sinon un peu le bassin de temps à autre
et un peu aussi les muscles du périné,
mais très ponctuellement,
le grain doux et en même temps incroyablement dur du mur,
tous ces matériaux avaient quelque chose à dire,
avaient des caractéristiques tellement spécifiques,
j’en étais estomaqué
c’était comme une musique en moi,
orchestrée essentiellement par les doigts,
un paysage tactile et légèrement vibrant,
des nappes et des nappes, en mouvement,
se gondolant, se dessinant, évoluant,
un chant tout en nuances tellement exotiques,
tellement neuves
que je restais subjugué, captif de sirènes
chantant pour moi comme d’une autre planète

