les lents frottements,
je suis fou de lents frottements
sur n’importe quelle partie du corps
doigts, mains, en action, bien sûr,
les miens, ceux d’un ou d’une autre,
impérial
mais aussi avec d’autres choses,
me frotter contre du bois, par exemple,
comme c’est délicieusement voluptueux
si j’ai un meuble derrière moi, par exemple
que je sens, qui se présente juste avec l’arête
et que je suis en train de me pencher en avant,
il semble m’attirer magnétiquement,
je recule un peu du cul
et je vais me frotter lentement, tout lentement,
la raie du cul tout contre,
sentant le bois brut entrer un peu en moi
oh les vagues de volupté que cela génère, mes aïeux,
le tsunami, même,
y a intérêt à accrocher sa ceinture
ou plutôt, au contraire, à bien la décrocher
et se laisser emporter
le bois est définitivement
un matériau sensuel à se frotter contre,
même des surfaces bien planes
il semble, en même temps,
un peu rugueux et incroyablement doux,
un grain très intéressant, chaud, sensuel,
unique
mais pas seulement le bois,
n’importe quel matériau, en fait,
un sol en pierre, par exemple,
là, il y a cette dureté sans concession contre la peau
et puis ce froid qui vous envahit à l’endroit de contact
ce froid semble tellement totalement inhumain pendant un instant
mais presque immédiatement notre chaleur vient s’y mêler ,
la chaleur de la vie qui court dans nos veines,
c’est un peu comme une rencontre entre la vie et la mort
qu’on expérimente très concrètement dans sa chair
et cela crée une sensation très poivrée
si on s’abandonne bien à elle
le métal aussi,
un peu identique à la pierre comme expérience,
le métal d’outils quand je bricole, par exemple,
si je m’assieds par terre sans le faire exprès
(ou en le faisant exprès…),
sur un d’eux qui jonchaient le sol autour de moi,
la forme de celui-ci s’enfonce soudainement dans ma chair,
s’impose très brutalement à moi,
distendant la peau à l’endroit du contact
une sorte de sensation d’envahissement localisé,
la peau semble céder, semble s’ouvrir un moment,
laissant l’objet venir se lover sans ménagement en moi,
comme commencer à faire partie de moi
il y a quelque chose d’absolument tellurique
dans la sensation qui est ainsi générée,
on se sent violenté, perturbé, de fond en comble, un instant
puis il y a comme un phénomène dans le sens contraire qui se passe,
enfin, là encore, si on se laisse bien aller,
comme si par un mouvement de ressac
après le choc de la forme métallique
qui s’est imprimée dans la chair, dans la peau,
l’outil venait maintenant se blottir partiellement en nous,
comme un petit animal
qui est venu se réchauffer un instant

