il n’y a pas de magie plus grande ici bas
que la complicité à son corps
je veux dire par là
que même s’il y a un autre
ou plusieurs autres corps
qui chantent tout contre le votre,
c’est encore et toujours
par l’intermédiaire du votre
que cela se passe
il recueille, il catalyse, il amplifie,
il restitue, il diffuse, il rend,
il a tous les répertoires en lui
pour exprimer toutes les sortes d’indicibles
et de cauchemars
toutes les sortes de voluptés
et d’extases possibles et imaginables,
c’est toujours la complicité à son propre corps,
d’abord et avant tout
vous êtes la frontière d’un territoire
à explorer,
entourée d’une infinité d’autres frontières
et d’autres territoires
que vous soyez seul,
au fond de votre chambre,
vous triturant minutieusement le fondement
avec un gourdin en plastique
ou à plusieurs imbriqués comme des lego vivants
ondulants les uns dans les autres
ou encore marchant seul dans la forêt,
vous extasiant de la forme des nuages,
des rayons de lumière dansant à travers le feuillage
et de la rugosité tellurique de l’écorce des arbres
ou encore le nez plongé dans les phrases chantantes de Proust ou de Balzac,
le regard collé à un Picasso, avalant les formes et les couleurs,
surfant dessus,
c’est toujours la complicité entre votre corps et votre esprit
qui s’exprime,
qui vous fait vivre l’émotion, les sensations
à la mesure de ce que vous êtes,
à la mesure d’où vous en êtes,
rien de plus,
rien de moi
vous, vous et vous,
vous dans l’instant,
vous dans le flux du temps,
vous infiniment vulnérable,
vous à l’infini potentiel,
vous, vous, vous,
c’est le monde tout entier,
rien n’y manque
sinon , peut-être, vous-même,
plus ou moins,
comme une clef à tout cela

