que je sois capable à chaque fois,
de vivre quasi instantanément,
pareille suavité,
pareil frisson voluptueux,
pareille extase capiteuse
me prouve à chaque fois
que je suis en vie,
bien en vie,
bien encore vibrant
au milieu de la cible de la vie,
que je n’ai pas dérivé,
que je ne me suis pas lassé,
que je ne suis pas devenu indifférent,
hermétique à moi-même et aux autres
que je vibre, vibre, vibre,
que le désir a bâti en moi un royaume,
que je suis un créateur
car le plaisir est un art,
sans support, non pérenne, certes,
sans spectateur autre que celui ou celle ou ceux
qui le font apparaître dans l’instant,
qui le font apparaître
dans l’instant-même où il est déjà en train de disparaitre
fugace profondeur sans fin en nous,
tourbillonnement soyeux tellement subreptice
art qui ne va pas dans des livres
art qui ne va pas dans des notes de musique,
art de soi-même
qui se consomme en comité restreint, sans public,
dans un déchaînement des muqueuses,
dans un déchaînement des humeurs,
dans un déchaînement organique
et en même temps cosmique
à ne pas confondre
avec la consommation sexuelle à la chaîne
le plaisir dont je parle, agrandit,
le plaisir dont je parle,
agrandit démesurément quelques instants,
fait vivre du mystère,
fait vivre de la communion voluptueuse,
tout(e) seul(e), à deux ou plus,
fusionne les genres, fusionne les êtres,
les fait danser comme des flammes splendides quelques instants

