#52156
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ce matin encore,

la couverture était bien scellée,

j’ai de l’entraînement à détecter la moindre ouverture, la moindre brèche

et à la colmater directement,

la chaleur de mon corps, ma position, sur le côté, en chien de fusil,

la douceur du drap, l’obscurité totale,

font le reste,

la sensation de bien-être, la sensation de cocon,

la sensation que rien d’autre n’existe que ce nid enveloppant, protecteur,

isolant du reste du monde

 

il fallait dans ces conditions,

cela ne pouvait pas être autrement, c’était écrit depuis la nuit des temps,

que je me mette à bouger des hanches, que je me mette à me caresser,

oh ces premières ondes qui se sont diffusées,

la volupté, c’est quand même quelque chose,

quelle sensation de félicité, d’extase, dans la chair,

j’en pleurerai tellement c’est beau, tellement c’est gracieux,

tellement c’est harmonieux

 

les doigts, la paume, glissaient sur la peau,

mettant en valeur, rendant incandescent, ici et là,

beaucoup sur les cuisses, beaucoup sur les hanches, aujourd’hui,

remontant de temps à autre par les flancs,

jusqu’aux seins,

titillant un peu les tétons

puis redescendant

 

je me suis fait la réflexion,

qu’avec la main,

il y a le plaisir d’être caressé autant que le plaisir de caresser,

on explore autant les diverses régions de ce corps,

de cette peau, par monts et par vaux,

qu’on met en valeur le pouvoir, la capacité à faire chanter, de ces doigts, de cette paume,

c’est comme si on avait des danseuses en action au bout des bras,

leurs entrechats, leurs pirouettes, leurs jetés, sur la piste,

provoquent la volupté, éveillent la jouissance

et attirent les acclamations de mes cellules reconnaissantes

 

il s’agit de coller à son sujet, de faire corps avec lui,

il s’agit de s’envoler et de faire s’envoler,

il s’agit de défier la gravité, d’en définir une nouvelle,

momentanément,

basée sur les lois ou plutôt les non-lois

de la volupté

 

il s’agit de rendre libre,

de restituer toute cette masse de chair à la liberté de voler,

le désir fait disparaître les chaînes,

en les secouant, en en faisant de la musique

 

mes hanches, mes hanches,

comme vous bouger somptueusement,

comme je suis envahi d’une irrésisitible douceur d’être,

les gémissements témoignent de la température de la pièce,

ils semblent des sexes sonores

venant se glisser comme des serpents par les canaux auditifs,

pénétrant tout en douceur dans mon cerveau,

y faisant quelques va et vient

 

oh comme je suis ouvert, comme je suis offert,

c’est cosmique ce genre d’ouverture-là,

toutes les cellules de mon être semblent s’étendre

sur une plage sous un ciel bleu,

accueillant l’océan

 

possédé de se posséder,

posséder d’être possédé,

chamanerie du plaisir