parfois, certains matins, au réveil,
j’ai la chance de trouver sur la plage, des vestiges échoués de l’autre monde,
la plupart du temps ils s’évanouissent en fumée,
comme si le contact avec l’air, la lumière,
provoquait une désintégration quasi instantanée
mais parfois ils persistent,
ils s’offrent à moi, à mes tentatives d’investigation, d’éclaircissement,
de compréhension de cette présence, de sa forme, de son pourquoi
j’ai une autre vie, en tout cas, là-bas, chaque nuit, c’est sûr,
même si ce autre monde semble nourri de ce qui s’est passé par ici,
de ce qui existe par ici,
cependant tout cela semble revivre selon d’autres règles,
d’autres lois, d’autres standards
alors ce objet, cette sorte d’autre personne ou cette suite d’actions
qui est revenu avec moi, qui a persisté,
prend d’autant plus un statut mystérieux
car il semble avoir ramené avec lui
un peu de ces autres règles, autres lois
un objet, une sorte de personne ou suite d’actions,
d’une autre planète, d’un autre univers
pourtant en même temps
aussi d’ici, quelque part
retour à l’envoyeur,
fais-en ce que tu pourras,
chéris-le ou hais-le
ce peut-il qu’un jour ou une nuit,
on ne revienne plus?
qu’on reste là-bas avec tout ce qu’on y a amassé de cette vie,
mêlé à tout ce qui y a été amassé depuis la nuit des temps
par moi, par une infinité de moi,
par une infinité de toi et de moi?
le monde commun,
le monde à la fois qui existe et qui n’existe pas,
le seul peut-être qui existe vraiment
où tout, vivant et mort, sont entremêlés joyeusement
comme une masse infinie, sans taille, de poissons,
tournoyant et encore tournoyant depuis la nuit des temps

