décidément, je chéris tout particulièrement
ces quelques moments de volupté,
de voyage voluptueux en moi-même, j’ai envie d’écrire
que je m’accorde quasi systématiquement chaque matin,
au réveil, sous la couverture
ils ont quelque chose, je ne sais quoi, de spécial,
est-ce la proximité des rêves que je viens de quitter?
pour moi, personnellement, j’en suis convaincu que c’est cela
qu’il y a beaucoup de choses en commun
dans l’essence intime des rêves et puis celles de la volupté,
principalement, les énergies,
qu’elles se bâtissent sur celles-ci,
leurs flots circulent librement durant la nuit
ou durant les moments de volupté,
transportant comme des brefs continents,
toutes les deux sont motorisés
par ces énergies dans nos profondeurs
ce matin, sous la couverture, donc,
baignant dans la chaleur de mon corps,
mes mains se sont posés sur la peau,
mes hanches se sont mises à danser tout doucement
et il y avait tout de suite comme un autre corps,
je semblais avoir poussé en un temps record
un autre corps
qui ne semblait avoir ni un intérieur, ni un extérieur,
il semblait être un peu partout,
dedans, dehors, autour
la densité semblait la même partout,
la volupté créait cette densité
et elle semblait comme une passerelle,
elle abolissait les frontières,
je pouvais marcher dessus,
j’étais insignifiant, j’étais minuscule, j’étais léger
ou plutôt j’étais à la fois plus rien
et j’étais tout, tout ce qui existait pour l’instant,
plus rien d’autre n’existait que moi,
mais en même je semblais ne plus exister
plus rien d’autre n’existait
que la densité de cette volupté sur laquelle je semblais me déplacer
avec les frontières de mon corps abolies
la densité de la volupté était partout,
dedans, dehors
et elle constituait un continent,
un continent de sensations à explorer
tout un monde de montagnes russes soyeuses
avec plein de surprises sensorielles dans les montées, dans les descentes,
des apparitions qui se ressentaient,
une faune et une flore de fantômes délicieux
qui se laissaient deviner subrepticement dans les virages, les envolées
les mains sont tellement magiques,
ce sont deux petits corps vivants indépendants,
ils ne font pas vraiment parties de l’ensemble,
ils participent à créer l’ensemble,
à le faire chanter, à l’enchanter
mais en même temps,
qu’elles créent de la fusion, de la communion,
elles fusionnent elles-mêmes à leur façon tellement à la peau,
une fusion fugace, indépendante, volage, espiègle,
une extra-fusion en surplus de la fusion générale,
une fusion en forme de cerise sur le gâteau
qui rebondit joyeusement comme un ballon de-ci, de-là,

