au réveil, sous le drap,
douce douce, enveloppante, pénétrante, chaleur,
chair vivante en mode auto-couveuse,
suis mon propre nid,
suis un oeuf douillettement installé dedans,
re-pondu,
suis un oeuf douillettement installé en moi-même
néanmoins, le départ soudain, en fumée invisible
du rêve qui me transportait jusqu’ici,
qui constituait mon monde,
tout mon monde, jusqu’ici, depuis plusieurs heures,
me fait comme un vide déchirant,
que je veux absolument sentir comblé pour l’instant,
la densité de la volupté dans la chair, fera l’affaire,
me fera un moment de transition,
plus qu’acceptable, avant le réveil complet
oh et puis aussi, j’ai senti tout de suite,
à quel point juste un mouvement du cul,
un mouvement du cul bien tourné, bien placé,
suffira amplement,
réveillera, mettra en place, tout ce qu’il faut en moi
le voilà qui a été initié, le bougre,
il semble entraîner, comme subodoré,
une révolution partout dans ma chair,
comme je me mets à frissonner intérieurement,
comme je me mets à m’emplir de soie
quelle machine à plaisir,
vibrante, fumante, de partout, instantanément,
je suis devenu,
tremblant, frémissant, dansant sur place, de tous ses rouages,
motorisé par la pleine puissance de tous ses chevaux
lancés au galop dans la cave
oh et puis, quelle liberté totale de circuler
dans les gestes, les mouvements, les caresses,
le moindre déplacement, les postures,
sur tout le spectre de la sensation,
du plus féminin au plus masculin,
je voyage en moi-même
sublime étirement ondulant, frissonnant,
de la volupté dans la chair,
ouverture, accès, brièvement,
à des continents inconnus, surpeuplés
qui vivent quelque part dans l’ombre immense du feuillage
frappé implacablement par le soleil

