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n’être plus qu’une machine à ressentir,

c’est-à-dire, au fond,

perdre tout contrôle sur tout en soi,

pas être en mode automatique, pas du tout, pas un seul instant,

tout le contraire, en fait,

plus rien d’automatique,

cela vient d’ailleurs, cela vient du désir

 

cela peut sembler simple,

cela l’est, en effet, à partir d’un certain moment

mais le fait est que pour pouvoir perdre tout contrôle,

c’est un lent processus, la plupart du temps

car cela sous-entend un délitement de beaucoup de couches en nous

 

dans un premier temps, on est tout content

parce qu’on est parvenu à supprimer une couche

mais peu après, on se rend compte

qu’il y en a encore une autre en-dessous

et  puis une autre et encore une autre

et encore une et toujours une

 

bon, il y a un moment

où l’on se rend plus compte des couches,

on ne se rend compte plus de rien

ou plutôt, de plus en plus de tout,

c’est là que cela commence à devenir intéressant,

c’est là que vous commencez réellement à ressentir,

vous vous êtes sufisamment mis à nu,

vous commencez à devenir chambre d’écho,

cela se met à résonner de plus en plus,

frottez quelque part votre peau,

comme cela vibre,

comme si c’était la peau tendue d’un tambour,

bougez la jambe, le plus lentement possible,

sentez là aussi comme cela vibre agréablement

vous êtes en train de devenir, ce que j’appelle,

une machine à ressentir, une machine à éprouver,

sufisamment de couches sont parties,

le désir peut dévaler, le désir peut se dresser, le désir peut se ruer,

le désir peut opérer,

être en mode XXL,

en mode dentelles ou en mode camion, tout à la fois

 

ce n’est pas facile à accepter,

de perdre vraiment tout contrôle,

de laisser juste le désir s’exprimer comme il veut,

cela veut dire par moments, pour un homme,

sembler être, agir, bouger, comme une femme,

car les couches enfouies du désir en nous, sont féminines,

cela veut dire aussi à d’autres moments,

ne ressembler plus à grand chose,

devenir de plus en plus difforme, réduit à rien, à tout,

sembler être un épileptique en pleine crise, un dément, un schizophrène,

accepter d’aller jusque là pour la sensation,

le désir sans aucune norme, sans aucune restriction, sans aucune limite

 

enfin, cela va de soi,

tout en restant dans le respect absolu de soi et de l’autre,

ce n’est pas contradictoire un seul instant,

tout au contraire,

le désir, c’est la vie, la splendeur de la vie,

ce n’est pas mortifère pour un sou,

c’est une danse pour célébrer un moment la vie,

tout seul ou à plusieurs,

le désir, c’est une communion,

certes pas toujours de tout repos,

même rarement,

car les flammes sont faites pour se heurter, s’absorber, s’unir,

devenir feu ensemble

mais les flammes ne monteront tout haut

que dans le respect absolu les unes des autres,

si elles s’embrassent le plus possible,

pas si elles s’annihilent les unes les autres