j’ai eu une période où j’étais accro aux orgasmes,
le plus possible,
les plus intenses possible,
cela correspond, bien sûr, à ma période massage prostatique
avec masseur
je ne vais pas dénigrer ce que j’ai vécu durant ces années-là,
oh que non,
c’était splendidement intense
et puis il y avait aussi le fait que c’était la découverte de tout cela,
qu’un homme pouvait vivre des orgasmes autrement,
qu’il y avait des chemins de traverse possible à côté du plaisir pénien
cependant je m’en suis lassé peu à peu,
me suis lassé de mon masseur peu à peu,
je vivais des dizaines d’orgasmes par jour,
des super O aussi, quotidiennement,
une fois que j’étais bien au point
et pourtant je suis parvenu à m’en lasser
malgré le fait qu’un orgasme prostatique
ne ressemble jamais à un autre
la massivité même, du flot qui passe en nous,
dans ces moments-là,
fait qu’on survole constamment une infinité de détails,
il y a tout simplement trop de choses qui passent et trop vite,
un océan déchaîné se rue en nous
et on n’en goûte, si je puis dire, que les vagues
alors que moi, je voulais de plus en plus vivre mon plaisir
au niveau des gouttes,
au niveau de leur flux,
sentir leur connexion se faire, se défaire,
sentir le carrousel de leurs nuances
si un raz de marée plonge sur une ville,
les maisons sont emportées par dizaines, par centaines,
chacune qui comporte de multiples meubles, d’objets différents,
désormais mon plaisir est dans la dégustation de tous ces détails,
le flux de la volupté a ralenti,
a été rendu contrôlable,
permettant ainsi de goûter à chaque élément qui passe, qui est entraîné,
groupe de sensations par groupe de sensations
plutot, désormais donc, des mini mini tsunamis,
des tempêtes dans des verres d’eau
où les maisons explosent une à une ,
où l’on peut contrôler la vitesse de l’explosion provoquée par les flots,
faire des retour en arrière, faire des plans par plans
en même temps, la qualité de la volupté est devenue telle
qu’il y a une sensation de jouissance en continu rapidement qui s’installe
et puis tellement tout le corps participe,
tellement chaque partie de mon être participe à la génération du plaisir,
tellement il y a cette sensation de se faire l’amour constamment,
tellement il y a une sensation d’être en même temps,
un immense orchestre jouant ensemble
et d’entendre le détail de chaque instrument séparément
dans cette approche, je m’y retrouve beaucoup plus,
c’est beaucoup plus moi, m’y sens beaucoup plus épanoui,
cela me semble plus complet, plus nourrissant, plus riche,
même si j’ai la nostalgie aussi désormais de temps à autre
de tous ces incroyables orgasmes prostatiques à l’intensité sans pareille
que j’ai vécus
et que j’aimerai retrouver la capacité de vivre des moments comme cela aussi
mais si cela n’est pas possible,
si c’est comme de demander le beurre et l’argent du beurre,
alors mon choix est vite fait, sans hésiter une seconde

