#51653
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Participant

j’explore un continent sans fin

mais au fond ce que j’expérimente,

ce à quoi je goûte, les délices que je vis,

c’est la puissance des énergies en moi

 

et quand la pièce s’est achevée,

ce qui en reste, une fois que les lumières se sont rallumées,

que les acteurs sont partis, que le décor a été enlevé,

c’est un misérable petit plateau,

tout dépouillé

qui ne paie pas de mine

 

il peut y avoir, alors, à cette constatation,

comme un moment de découragement

mais je peux le faire évanouir d’un  claquement de doigt

car c’est tout ce qu’il me faut

pour faire réapparaître à nouveau une machinerie flambante neuve,

dans toute sa splendeur

 

la vérité,

c’est que nous ne sommes pas qu’un misérable petit plateau

mais aussi l’écrivain de la pièce, son réalisateur,

ses acteurs, ses machinistes

et puis tout son décor

 

et notre tâche secrète,

c’est de favoriser tout cela, de coordonner tout cela,

de faire monter des pièces encore et encore

 

tout un carrousel de pièces,

toute une parade de pièces, nuit et jour

et  le jeu, c’est une musique,

une musique sacrée, impudente, animale,

grotesque, sublime, décadente, sophistiquée,

prude, sauvage, impudique,

ô combien de combinaisons sans limites

avec quelques notes

 

alors oui, aux premiers abords,

nous ne sommes qu’une misérable petite scène vide,

avec plein de poussière et de déchets, dessus

où rien ne semble avoir été représenté dessus depuis des siècles

 

on peut y convoquer ses fantômes

et y rejouer sans cesse son passé,

comme on peut se laisser surprendre encore et encore

par le chapeau de prestidigitateur et la boîte de pandore

qu’est l’instant présent

 

alors je convoque mon imagination, je convoque mes sens,

je convoque ma prostate, je convoque mes couilles, je convoque mon pénis,

je convoque mon anus, je convoque mes poils, je convoque ma peau,

je convoque mes cuisses, je convoque mes seins, je convoque mes hanches,

je convoque les oiseaux, je convoque le ciel, je convoque les arbres,

je convoque la terre, je convoque le soleil, je convoque l’océan,

je convoque les livres, je convoque la musique, je convoque l’art

 

allez-y messieurs, dames,

le plateau est tout à vous,

tout à vous,

j’ai travaillé à cela dur depuis des années

et continuerai encore, inlassablement, sans relâche

 

surprenez-moi encore et encore,

déployez le plus grand chapiteau au monde et ses splendeurs,

déclamez-moi les plus belles et mystérieuses tirades,

éblouissez-moi de pirouettes majestueuses, d’entrechats sublimes

faites-moi vibrer encore et encore,

oh oui, faites-moi vibrer jusqu’au dernier instant