je me suis réveillé, il y a pas longtemps,
entièrement sous les couvertures
bien au chaud, dans ma bulle,
que pourrai-je bien faire?
voyons voir, que pourrai-je bien faire?
je ne peux plus écrire
que je me suis réveillé avant le réveil
car il n’y a plus d’alarme d’activée sur mon smartphone,
je les ai toutes désactivées
comme je suis désormais officiellement pensionné
alors, donc, que pourrai-je bien faire
là bien au chaud sous la couverture
avec toute cette chair dénudée si proche de mes mains,
avec cette prostate, ce bassin, ces hanches,
cette peau, ces génitaux, ces seins, cet anus, ces tétons
qui s’offrent à moi, qui m’invitent?
oh, tout entièrement me laisser faire par le désir,
bonne idée, les amis,
lentement, lentement,
on a tout le temps du monde,
on a tout le non-temps du monde,
les amis
ma main circule au ralenti,
va un peu partout,
mais quand j’écris, au ralenti,
c’est vraiment un ralenti de chez ralenti,
bien inspecter minutieusement,
toute cette surface de peau,
en étudier chaque pore, chaque bosse,
chaque dénivelé, chaque courbe, chaque plat,
déguster son grain un peu rêche,
tellement réactif, tellement inflammable,
grain par grain
la volupté parait tout le temps,
tellement identique
et à la fois, tellement différente
elle parait constamment
fondamentalement neuve
même si vous l’avez éveillée déjà des milliers de fois
elle se renouvèle constamment
tout en conservant
foncièrement, intégralement, de fond en comble,
un air de famille,
sans origine et sans âge
elle est, en même temps,
constamment la même
et constamment différente,
c’est cela, le miracle
ma main circule lentement, lentement
et tout mon corps semble lui répondre,
les sensations accourent joyeusement de partout,
viennent la suivre,
la bergère avec son troupeau innombrable
qui la suit depuis sous la peau
ma main bouge tellement tellement lentement,
que les sensations générées semblent faire du sur-place
comme c’est délicieux comme cela,
temps de goûter tellement à chaque nuance
c’est comme si je croquais à belles dents,
de tout mon être,
dans tout mon être
et que je sentais un jus divin
couler partout en moi
dégustation time, dégustation time,
les sensations s’attardent indéfiniment
sur le palais que je forme tout entièrement
le nectar roule dans ma gorge,
le nectar roule dans mon âme,
le nectar roule dans mon corps,
le nectar roule dans mon cerveau
sensation de danse dans le bassin,
ma hanche bouge pourtant à peine aussi,
le moindre mouvement, en fait,
semble comme un mouvement de danse
en mode yin
les mille et une nuances de la soie,
voilà ce que je suis en train de vivre,
les mille et une façons
qu’a la soie de circuler en moi
tantôt, virevoltant, nageant, glissant,
se déployant en éventail bariolé,
se déployant en dauphin,
se déployant en aile d’oiseau,
fluctuant divinement,
tantôt frôlant, effleurant, imbibant, inondant,
ratiboisant jusqu’au plus profond de mon être,
me mettant en état de perpétuel extase voluptueuse

