Exposition 'Sade, attaquer le Soleil' au musée d'Orsay
Auteur
Publié le
2 novembre 2014
À l’occasion du bicentenaire de la mort du marquis de Sade, le Musée d’Orsay accueille une exposition magistrale à Paris, du 13 octobre 2014 au 18 janvier 2015.
L’excès comme principe de création
L’objectif de cette exposition est de mettre en lumière, par des œuvres d’artistes célèbres, “les thèmes de la férocité et de la singularité du désir, de l’écart, de l’extrême, du bizarre et du monstrueux, du désir comme principe d’excès et de recomposition imaginaire du monde, à travers des œuvres de Goya, Géricault, Ingres, Rops, Rodin, Picasso…” (extrait du site web du musée d’Orsay).
Représenter l’irreprésentable : sexe, désir et violence
L’exposition est vaste et d’une richesse rare. On y découvre des œuvres plus ou moins décalées, parfois choquantes, révoltantes, voire délibérément malsaines. Le sexe s’y mêle au désir, au plaisir et à la violence. Il est extrêmement intéressant de constater que l’art a de tout temps été à la pointe pour dénoncer et représenter ce qui ne se représentait pas, quitte à bousculer les consciences.
Cela fait écho aux réactions récentes sur certaines œuvres d’art exposées en public, qui ont secoué les milieux les plus conservateurs pour lesquels l’art d’autrefois était uniquement centré sur la beauté “pure”… Foutaises ! L’histoire de l’art prouve le contraire.
La part d’ombre des grands maîtres
Il est étonnant de découvrir des œuvres d’artistes dits “respectables” peignant ou dessinant des scènes d’orgies, de cannibalisme ou de perversion. On y trouve, par exemple, deux dessins de Picasso représentant une femme se faisant lécher les parties intimes par un poisson. Je n’avais jamais entendu parler de ce genre d’œuvre auparavant chez Picasso, bien que je ne sois pas un expert de son immense catalogue.
Bref, l’exposition est vraiment agréable à parcourir dans un esprit d’ouverture, en acceptant de se laisser porter par ses propres émotions (qu’elles soient positives devant une œuvre qui excite ou négatives face à une scène qui répugne). Pour ma part, j’y ai découvert des dessins sublimes d’André Masson.
Je reste toujours en admiration béate et totale devant Picasso. Certes, il est plus que connu, mais sa puissance créatrice est inégalable. Quant aux sculptures de Rodin, elles sont si belles qu’on aurait envie de les caresser. Cette exposition recèle des pépites et se hisse, sans aucun doute, au niveau d’excellence du Musée d’Orsay.
L’héritage de Sade : de la maudition à l’influence
Sade a été maudit, mais sa pensée continue d’influencer l’art et la philosophie à travers les siècles. Est-ce bien ou mal ? Ce n’est pas à moi de juger. Mais ce qui est certain, c’est qu’il y a eu un avant et un après Sade dans l’exploration de la psyché humaine.
Enfin, je me suis bien amusé à observer une collection d’une trentaine de photographies érotiques datant du XIXe siècle. On y voit des femmes montrant comment utiliser les “sextoys” de l’époque : carottes, manches de balais en bois, etc. On n’a vraiment rien inventé ! Dès le début de la photographie, le “porn” était déjà là. C’est assez amusant de voir cette continuité historique.
Je vous recommande fortement cette exposition si vous aimez l’art, l’histoire de la sexualité et l’esprit du libertinage.