Je revis la soirée, la matinée et je perçois de plus en plus les contours de mon mal aise par rapport à l’agression sexuelle. Mon amant est furieux, je lui dis de ne rien faire en attendant de me voir. Il me dit qu’il « a envie de[me prendre dans ses bras et que mon désir est une flamme brillante dans la nuit et qu’il ne supporterait pas qu’un coup de vent accidentel l’éteigne ».
L’amour soigne… mais le traumatisme de l’agression sexuelle sous-jacent est présent
Heureusement, je vois mon premier amant ce soir, mon amant amoureux. Il va prendre soin de moi. J’ai acheté de quoi faire des cocktails. Depuis quelques jours, j’avais envie d’ivresse. Je voulais me sentir planante, c’est très rare que je m’adonne à l’alcool. Je lui avais dit que je voulais me sentir suffisamment ivre pour ne plus avoir à me poser la question de mon désir, me désinhiber.
Je pense que j’étais déjà depuis quelques jours en train d’explorer la question de mes limites. À moins qu’en réalité, je ne fasse que cela depuis quelques mois, explorer mon désir et mon consentement dans la prise de risque.
Je dois tout lui raconter. Lui qui est un peu jaloux malgré lui. Il était exclusif et possessif avant de me rencontrer. En me rencontrant, il a découvert le polyamour et s’est libéré. Il écoute avec attention. Je suis sincère, c’est une de mes qualités, je ne lui cache rien (en dehors de ce que je me cache à moi-même).
Je lui dis que de me faire boire est alors tout à fait incongru. Il y a quelques jours, je lui avais dit, « tu me feras boire puis tu pourras en profiter ». Je ne veux pas qu’on profite de moi, pas maintenant…
Et puis je sursaute, je me dis « sauf si j’y consens ! ». Sauf si c’est moi qui le désire. Je ne vais pas laisser ce photographe éteindre ma flamme. Mon amant m’aime, je lui fais confiance. Si j’ai besoin de jouer avec mes limites, il saura m’accompagner. Si j’ai besoin de débrancher mon orgueil, mon sens moral, mon sur-moi… il saura m’aider.
Alors, on se prépare des Mojitos. Après le premier verre son appartement danse devant mes yeux. Il y a de la musique. Je danse. J’ondule. J’ouvre mes bras et mes cuisses, je les referme, je tourne, je saute, je virevolte. Je fais circuler l’énergie dans mon corps. Je suis aérienne et aqueuse. Je laisse la musique me traverser, m’animer. Je me sens vivante et c’est bon. Il danse aussi. Sa gestuelle est rythmique, ancrée, terrienne.
Je l’aime. Je danse avec lui, nous nous accordons. Nos corps créent de la liberté et de la beauté. J’ai envie de l’embrasser. Il me prend dans ses bras et me caresse. Je consens puis j’y prends plaisir. Il me soulève dans les airs, je suis portée. Nous dansons, nous sommes emportés. Nous nous échouons sur son lit. Il me déshabille. J’y consens, j’y prends plaisir. C’est dans l’ordre. L’ordre sain des choses.
Je bois un deuxième verre, entame un troisième. Le moindre de mes mouvements fait chavirer mon équilibre. Je suis dans un manège. J’aime. J’ai un peu le mal de mer. Il me fait boire de l’eau, cela va mieux. Il est attentionné. Il veut mon bien, il veut que je m’amuse. Je lui fais confiance et cela change tout.
Je lui dis que j’ai envie qu’il m’attache. Comme il l’avait fait il y a quelques semaines. Il me demande si je suis sûre. Je dis oui. Je me débats peu par jeu. Et cette fois-ci j’aime. Il est dans le jeu aussi. Il joue respectueusement. Il y a des indices corporels qui me le prouvent. Et surtout, je me sens bien.
Quand son corps épouse le mien, je suis heureuse. Pour deux raisons. La première, c’est que son corps me rend heureuse. Je sens sa chaleur, sa peau aimée. Je sens nos désirs qui se caressent et nous font vibrer. La deuxième est que ce moment recouvre les moments d’hier. Parce que le plaisir sain et respectueux que m’offre mon amant se relie à celui des fois précédentes. Je n’oublierai pas ces mauvais moments d’hier, mais je peux maintenant les mettre entre la parenthèse des bras de mon amant.
Et quand je relirai mon histoire, ce qu’il y a entre parenthèse ne sera pas le plus important. Loin de là. Mon amant glisse ses doigts dans mon corps et m’offre quelques orgasmes. Le plaisir sain et entier, la pureté de ce moment d’amour est plus fort que le malaise d’hier. Je suis heureuse de m’apercevoir que ces moments regrettables n’ont pas amputé ma capacité à jouir. Je suis pleine d’amour et de reconnaissance pour mon amant dont je regarde le visage et dont le regard est si beau. Son animalité est avivée. Il veut prendre possession de mon corps. Je m’abandonne parce que je le veux. C’est du jeu. En jeu consenti tout est possible.
Être attachée, malmenée. C’est comme être sur scène et interpréter un rôle pour moi. L’espace de la sexualité est une aire de jeu où interpréter un rôle, jouer des scénarios, mettre en jeu des idées, des fantaisies, des fantasmes. Et donc aussi des angoisses, des traumatismes. Prendre plaisir à jouer avec les entraves est une manière pour moi de faire circuler des énergies, de dépasser certaines choses dont je n’ai pas vraiment conscience, mais qui sont indéniablement là. Je me fais vibrer, je me soigne.

Je ne me juge pas, je m’accepte. Cela n’est possible que grâce au respect et à l’attention de mon magnifique partenaire. Et il ne peut lui-même être dans le jeu que parce qu’il fait circuler ses propres fantasmes, ses propres troubles avec son propre plaisir, sans jugement. Nous nous faisons confiance mutuellement. C’est beau. C’est important et ça m’est nécessaire. Merci mon amant, mon amour du jour.
Il présente son sexe à ma bouche. Une fraction de seconde je revis ce que j’ai vécu le matin même. Je suis heureuse de ne pas avoir trop attendu entre ce traumatisme et le soin immédiat que me porte mon partenaire. Je sens qu’avoir trop attendu aurait encore plus ouvert une faille que mon amant est en train de combler de son amour. Il me panse. Je pense à lui, mon aimé de l’instant, alors je le saisis.
C’est presque le même geste, mais l’intention, l’émotion ne sont pas les mêmes. Je fini par me dégager. J’ai peut-être besoin de temps, de mettre une limite. Peut-être même que c’est une limite que j’aurai toujours dû mettre. Je préfère être au-dessus pour prendre son sexe dans ma bouche. Je le sens. Maintenant, je vais être plus claire. Plus claire avec moi, et donc avec tous.
Je me sens fière de nous. Reconnaissante envers mon amant et son amour.
Je me sens fière de moi. De la vitalité qui m’anime et me permet de me relever. Je vais m’améliorer.
Après de belles danses, il me détache et nous nous câlinons tendrement jusqu’à ce que le sommeil nous emporte. Je me réveille plusieurs fois cette nuit-là. Je me blottis contre lui. Je me rendors. Je me sens bien.
Je me réveille. Un autre matin. Je sens le désir de mon amant. Je sens la peur dans mon ventre. Le salaud de photographe m’a fait mal. Je l’accepte. Je rends calmement ses caresses à mon amant. Je le tempère. Je lui impose le rythme qui m’est nécessaire. Peut-être que je le repousserai si je ne peux pas. Il est patient, à l’écoute. Jusqu’à ce que l’amour soit plus fort, qu’il passe au premier plan. Que cet instant présent soit plus fort que ce moment passé. Et nous ferons l’amour. « Tu n’aimes pas les caresses le matin ? » m’avait demandé le photographe. Mon cœur aurait pu lui répondre : « celles faites avec amour seulement. »
Merci à mon amant de m’avoir reconnecté à mon cœur. L’amour qui y circule saura me sauver de cette mauvaise expérience. Et l’écrire m’aide à la dépasser. Elle sera en arrière-plan. Juste comme un avertissement, le libertinage peut être dangereux, si on n’écoute pas son cœur, ses besoins, son désir et ses limites.
À suite pour une dernière partie sur mes réflexions quant à mon agression sexuelle…
Les articles de la série :
- Agression sexuelle, la mésaventure du photographe
- Agression sexuelle, l’abus ?, le déni
- Agression sexuelle, se soigner
- Agression sexuelle, réflexions sur le consentement
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